A Paris, des pharmaciens confrontés à des demandes "irrationnelles" d'iode
Des Français inquiets de l'impact de l'accident nucléaire japonais, pourtant nul en Europe, se précipitent chez leurs pharmaciens pour réclamer des comprimés d'iode, une réaction "irrationnelle" et inutile mettent en garde ces professionnels, interrogés par l'AFP.

Source photo : Miguel Medina [AFP/Archives]
"Une dizaine depuis dimanche soir!", dit le gérant de la pharmacie du 115 rue Saint Honoré à Paris.
"Ils réclament des comprimés d'iode imaginant pouvoir se protèger contre les atteintes thyroïdiennes qui seraient dues à la radioactivité....Mais nous n'en avons pas, ça ne se délivre pas comme ça. Et en plus ça ne servirait à rien !", ajoute-t-il.
"Mais j'ai beau expliquer, j'ai quand même vendu une vingtaine de boîtes d'iode en complément alimentaire ce matin ! On ne va quand même pas retomber dans l'hystérie de la grippe A ?", s'insurge-t-il.
"Il va falloir qu'on se renseigne. Ca ne se délivre qu'en cas de pathologie", dit Annie, pharmacienne de la rue du Louvre qui explique que des particuliers et une "association" ont souhaité en acheter ce mardi "pour l'envoyer au Japon".
"Il y a une partie de la population qui somatise très vite. On a vu des gens qui se battaient presque pour les masques pendant la grippe A", commente Roselyne Juery de la pharmacie 24 avenue Mac Mahon dans le 17e arrondissement de la capitale.
Sur une dizaine de pharmaciens interrogés dans différents arrondissements de Paris, tous ont confirmé avoir eu des demandes croissantes depuis dimanche soir, "tous âges confondus", de personnes qui souhaitaient prendre des comprimés d'iode à titre préventif ou en acheter "au cas où". Certains en voulaient aussi pour des amis ou des parents au Japon ou en Asie.
Hors traitement spécifique pour la thyroïde, seule la population résidant dans un rayon de dix km autour des 19 centrales nucléaires françaises est approvisionnée régulièrement en comprimés d'iode lors de campagnes organisées tous les cinq ans, depuis 1997, par les pouvoirs publics. En cas d'accident nucléaire, l'iode doit être pris à un moment très précis, ordonné par les autorités compétentes.
La dernière campagne, en 2009-2010, a concerné 400.000 foyers et 2.000 établissements du public, répartis sur 500 communes.
En cas d'accident nucléaire de l'iode radioactif peut être rejeté dans l'atmosphère. Respiré ou avalé, il peut accroître le risque de cancer de la thyroïde. En saturant l'organe, l'iode stable (comprimés) évite la fixation de l'iode radioactif, limitant notablement les risques pour la santé.
L'Autorité de Sureté Nucléaire (ASN) recommande à tous ceux qui s'interrogent sur ces comprimés d'iode de consulter son site www.distribution-iode.com.
En Allemagne, où des gens demandent aussi des pastilles d'iode et veulent acheter des compteurs Geiger pour mesurer la radioactivité, la fédération des pharmacies a mis en garde la population contre l'ingestion d'iode en dehors de toute exposition à des particules radioactives.
Elle rappelle qu'une seule dose suffit pour bloquer l'accumulation d'iode radioactive dans le corps, qu'il existe des risques d'allergies ou d'intolérance, et que les personnes de plus de 45 ans ne doivent en principe pas en prendre.
La crise nucléaire s'est aggravée mardi au Japon après une nouvelle explosion et un incendie à la centrale de Fukushima 1, où les accidents se succèdent depuis le violent séisme de vendredi qui a probablement fait plus de 10.000 morts.
![]() | Source AFP modifié le 16/03/2011 |













