A Strasbourg, une association gère l'angoisse des victimes du Mediator
"Pour le moment c'est l'angoisse qui prédomine plutôt que la colère", affirme Claire Rossini, juriste de l'association strasbourgeoise Accord qui apporte depuis Noël une aide psychologique et juridique aux victimes potentielles du Mediator.

Source photo : Fred Tanneau [AFP/Archives]
Dans leurs bureaux du centre-ville, les 22 salariés (travailleurs sociaux, juristes, psychologues) de cette association ont ouvert une permanence d'accueil spécifique pour les patients ayant été traités avec le médicament du laboratoire Servier. Un dispositif unique en France à ce jour.
"Lorsque ce dossier a commencé à faire la Une des médias, on s'est rendu compte très vite qu'il n'était question que de chiffres, de coût pour la sécu, de recherche des responsabilités, mais on ne parlait pas des victimes. Pourtant elles ont besoin qu'on entende leur angoisse, leur souffrance", explique Claude Lienhard, l'un des responsables d'Accord.
La permanence a déjà accueilli quelque 130 personnes, physiquement ou par téléphone. Les deux tiers disent présenter des symptômes qui pourraient être imputables au Mediator (essoufflement, fatigue, oedèmes des membres inférieurs, problèmes cardiaques). Les autres ne présentent aucun signe particulier, mais s'inquiètent.
"Les gens se posent de multiples questions, surtout médicales: ils veulent savoir ce qu'ils risquent vraiment", explique Mme Rossini, qui a longuement reçu en entretien un grand nombre de victimes potentielles.
"On essaie de retracer avec eux l'historique de leur relation avec le médicament, mais c'est très complexe, car souvent cela remonte à loin dans le temps, dit-elle. Les gens n'ont pas gardé d'ordonnance et nous essayons de voir comment ils pourraient les récupérer auprès de leur médecin, en vue d'éventuelles démarches juridiques".
Pour Odile Di Pancrazio, 57 ans, le Mediator est de l'histoire ancienne, mais ses effets se font encore sentir. "J'ai pris du Mediator par intermittence, pour maigrir, pendant trois ans à la fin des années 1980", explique cette habitante des Vosges alsaciennes, qui dit souffrir de "graves problèmes de santé depuis 15 ans".
"A cause de tout ça, j'ai dû cesser de travailler, explique-t-elle. C'est pas normal qu'on puisse mettre sur le marché des cochonneries pareilles, qui en plus ne m'ont pas fait maigrir. Si j'arrive à prouver que le Mediator a flanqué ma vie en l'air, alors je porterai plainte. J'en ai besoin pour tourner la page".
Mardi, 116 plaintes ont été déposées au pôle santé du tribunal de grande instance de Paris par l'Association des victimes de l'isoméride et du Mediator (Avim). L'association UFC-Que Choisir a également annoncé une plainte contre X à Paris "avant jeudi".
Pour les responsables d'Accord, le scandale n'en est qu'à ses débuts, et ses conséquences judiciaires promettent d'être longues. L'antidiabétique, que de nombreux patients ont pris pour maigrir, a été prescrit à quelque 5 millions de Français de 1976 jusqu'à 2009. Il est suspecté d'avoir provoqué la mort de plusieurs centaines de patients.
"La plupart des gens n'ont pas encore songé à porter plainte. Ils sont même réticents à contacter le médecin qui leur a prescrit le médicament, car souvent c'est leur médecin de famille et ils ne veulent pas donner l'impression de le mettre en cause", souligne Marie-France Steinlé-Feuerbach, la présidente de l'association.
Pour M. Lienhard, les pouvoirs publics devront prendre leurs responsabilités avec "des procédures harmonisées pour recueillir les plaintes, pour expertiser chaque cas, et pour procéder aux indemnisations". "Les victimes devront avoir une réponse de la justice, sinon elles se sentiront niées une deuxième fois", dit-il.
![]() | Source AFP modifié le 11/01/2011 |













