Alcoolisme: la prévention est aussi un sujet de recherche
Les stratégies de prévention contre l'alcoolisme et ses méfaits ont ouvert lundi à Paris le 15e congrès mondial de recherche en alcoologie, l'alcool étant associé à 2,5 millions de morts chaque année dans le monde.

Source photo : Mychèle Daniau [AFP/Archives]
L’usage nocif de l’alcool se place au troisième rang des facteurs de risque de décès prématuré à l’échelle mondiale, a souligné Vladimir Poznyak, de l'Organisation mondiale de la santé.
L'OMS estime que 2,5 millions de personnes dans le monde sont mortes de causes liées à l’alcool en 2004, dont 320.000 jeunes âgés de 15 à 29 ans.
En France, même si la consommation d'alcool est en diminution, elle serait responsable de plus de 23.000 décès directs par an, et associée à 45.000 morts.
Des chiffres qui ne peuvent laisser les responsables politiques indifférents, d'autant que l'impact n'est pas seulement sanitaire, mais aussi social (accidents de la route, violences...).
L'OMS a ainsi adopté en mai dernier une "Stratégie mondiale visant à réduire l'usage nocif de l'alcool", dont les préconisations sont étayées sur des bases scientifiques.
"Le débat porte, et entre spécialistes, et avec les gouvernements, sur le dosage entre politiques restrictives et politiques éducatives", a expliqué à l'AFP Alain Rigaud, président de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa).
Parmi les mesures les plus efficientes, au meilleur rapport efficacité-coût, Thomas Babor (université du Connecticut) a cité le prélèvement de taxes sur l'alcool, qui en augmentent le prix, le contrôle de l'offre et la restriction de la disponibilité de l'alcool, ou encore la lutte contre l'alcool au volant.
"Assurément il est assez facile de prouver rapidement la pertinence des mesures restrictives ou répressives", a estimé le Dr Rigaud. "En revanche en matière d'éducation et de formation, ça coûte plus cher parce que ça exige des moyens humains, et les effets ne sont observables qu'à moyen terme ou à long terme", a-t-il ajouté.
Par exemple, on sait que les filles sont plus réceptives que les garçons aux campagnes d'information. Et on peut s'attendre à ce qu'elles puissent elles-mêmes, plus tard, sensibiliser leurs petits copains à ces messages.
"C'est aussi légitimer des discours de prévention sur la place publique et autoriser des entourages, des amis, des familles à parler", a souligné le président de l'Anpaa.
"Même s'il y a des efforts incontestables, tout ça reste très sous-développé globalement en France, au regard de ce qui est fait dans des pays comme la Belgique, le Canada, la Suisse", a-t-il regretté, estimant que l'alcool reste "un totem national".
"Il faut poursuivre la recherche de preuves et convaincre, s'armer de patience, en s'appuyant sur des éléments démontrés, validés, et en étant obstinés auprès des pouvoirs publics", a conclu le spécialiste.
Le 15e congrès international de l'Isbra (International Society for Biomedical Research on Alcoholism) réunit 800 participants, de lundi à jeudi à Paris. Tous les aspects de la recherche y seront abordés, notamment la génétique, les nouveaux médicaments, le syndrome d'alcoolisme foetal ou encore l'imagerie cérébrale.
![]() | Source AFP modifié le 14/09/2010 |













