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Allergies alimentaires: essayer de susciter progressivement la tolérance

 

Ma santé

 

Face à une allergie alimentaire, mieux vaut une réintroduction très progressive de l'aliment concerné dans un cadre hospitalier qu'une éviction stricte qui risque d'aggraver le problème, selon des allergologues réunis en congrès à Paris.

 

Des cacahuètes

Source photo : Saul Loeb [AFP/Archives]


Des oeufs

Source photo : Jean Pierre Muller [AFP / Archives]


4ème maladie au monde, l'allergie, sous quelque forme que ce soit, touche, selon les estimations, quelque 12 millions de personnes en France. 2 à 4% de Français, soit deux fois plus qu'il y a cinq ans, souffrent d'allergie alimentaire, principalement - trois cas sur quatre- des enfants de moins de 15 ans.

"Globalement méconnue", l'allergie alimentaire est "très polymorphe", a noté jeudi devant la presse le Pr Benoît Wallaert (hôpital Albert-Calmette, Lille), en marge du 5ème congrès d'allergologie francophone, à Paris. L'absorption de l'aliment -oeuf, cacahuète, blé, lait...- peut entraîner des démangeaisons, eczéma, accompagnés de douleurs abdominales ou de nausées, voire, au pire, un choc anaphylactique, avec chute de tension et perte de conscience.

Parfois, l'allergie augmente si l'absorption de l'aliment est suivie d'un effort physique. Quelquefois même, "elle ne se révèle qu'à l'effort", tel que jogging, marche ou aérobic, selon le Pr Alain Didier, pneumologue à l'hôpital de Toulouse.

L'allergie ne se soigne pas, et la recommandation la plus classique est d'éviter totalement l'aliment jusqu'à une éventuelle guérison. Avec tous les soucis que cela entraîne : risque de réintroduction accidentelle, vérification minutieuse de la composition des aliments (mais le lait par exemple peut se cacher dans le saumon ou les saucisses, comme liant), "plan d'accueil individualisé" pour la cantine scolaire, nécessité d'avoir constamment à disposition une trousse d'urgence, avec antihistaminiques, adrénaline injectable...

"Aujourd'hui, en allergie alimentaire, on ne conseille plus l'éviction totale, qui aggrave le problème, diminue la tolérance et ne facilite pas la guérison", indique le Pr Wallaert. Selon une étude, elle augmenterait l'intensité de l'intolérance à l'aliment.

De fait, depuis quelques années, une approche thérapeutique ancienne est revenue au goût du jour, "l'induction de tolérance orale", souligne une étude publiée en 2008.

Eva, 6 ans et demi, est allergique à l'oeuf (essentiellement au blanc) depuis toute petite, et se rend depuis l'âge de 3 ans chaque année pour une journée à l'hôpital. Là, on lui fait absorber de l'oeuf cuit à toute petite dose, toutes les 20 mn. Dès que les symptômes se manifestent, on stoppe la réintroduction et on note la dose qu'elle peut supporter. Elle est gardée plusieurs heures sous surveillance.

La dernière fois, Eva a supporté 2g d'oeuf, soit 2 fois plus qu'en 2009. Depuis, elle doit manger tous les jours trois gâteaux correspondant à la dose qu'elle supporte, faute de quoi elle perdrait le progrès acquis. Elle reviendra à l'hôpital l'an prochain pour un nouvel essai.

Comme c'est souvent le cas, Eva est polyallergique, puisqu'elle réagit mal aussi aux noisettes, noix et à un moindre degré à l'arachide, un des allergènes les plus fréquents pour les enfants (derrière l'oeuf) et un des plus dangereux. Mais son niveau d'allergie serait trop élevé, selon sa mère, pour une réintroduction.

Pour le Pr Wallaert, "on commence à avoir des éléments de certitude suffisants" pour conseiller cette induction progressive de tolérance. "C'est le gros changement de ces dernières années en allergie alimentaire", dit-il. Elle n'est cependant proposée, semble-t-il, que dans quelques CHU de France.

AFPSource AFP
modifié le 03/05/2010