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Après l'amiante et le dopage, les gendarmes de la santé s'attaquent au Mediator

 

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Leur tableau de chasse s'est enrichi d'une pièce de choix : après l'amiante, le dopage cycliste et le trafic de déchets, l'unité de gendarmerie spécialisée dans la santé publique et l'environnement dirige l'épineuse enquête sur le Mediator.

 

Une tablette de Mediator en janvier 2011 à Brest

Source photo : Fred Tanneau [AFP/Archives]


Le Docteur Irène Frachon qui a révélé le scandale du Mediator à l'Assemblée nationale le 26 janvier 2011

Source photo : Fred Dufour [AFP/Archives]


Des gendarmes en janvier 2011 à Paris

Source photo : Loic Venance [AFP/Archives]


La petite boîte bleue frappée du logo des laboratoires Servier a rejoint les cornes de rhinocéros et les échantillons de déchets toxiques dans l'armoire en verre qui trône à l'entrée de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (Oclaesp), un immeuble de briques rouges à Arcueil (Val-de-Marne).

"Nous sommes un peu la police judiciaire du XXIe siècle. On s'occupe d'infractions relativement nouvelles et qui risquent de durer dans le temps", relève le colonel Thierry Bourret qui dirige cette unité spécialisée créée en 2004.

Ici pas d'éprouvettes, de laboratoires ou d'enquêteurs en blouse blanche. Mandatés le plus souvent par un juge d'instruction, les 55 gendarmes de l'Oclaesp jouent davantage un "rôle de plaque-tournante de l'information" en sollicitant le cas échéant des experts scientifiques, expose M. Bourret.

S'agissant du Médiator, soupçonné d'avoir causé la mort de 500 à 2.000 personnes, le colonel à l'épaisse moustache et au débit supersonique se montre peu loquace et refuse même de préciser le nombre d'hommes affectés à cette enquête qui vaut à Jacques Servier d'être mis en examen.

Interrogé en janvier à l'Oclaesp, la pneumologue Irène Frachon, qui révéla la première l'affaire du Mediator, se souvient d'avoir à eu à faire à des enquêteurs "professionnels et très motivés".

"Manifestement, ils ont les connaissances adéquates en biologie et sont rompus aux enquêtes difficiles", dit-elle à l'AFP.

"On a l'habitude de gérer au quotidien des affaires sensibles", commente simplement le colonel Bourret.

Les précédents faits d'armes de son unité parlent pour lui.

En 2007, l'Oclaesp se voit confier les investigations sur le dopage dans le Tour de France cycliste et perquisitionne l'hôtel de l'équipe Rabobank en pleine tempête médiatique.

"C'était une mission très périlleuse et on nous l'avait confiée seulement dix jours avant le départ du Tour", se rappelle le colonel.

Son champ d'action ne s'arrête pas là.

L'Oclaesp supervise l'ensemble des enquêtes judiciaires sur l'amiante en France, s'intéresse aux trafics de produits de santé défectueux (prothèses mammaires, faux médicaments...), aux pollutions dans le Rhône et même au nucléaire, comme récemment lors de l'incident sur le site de Marcoule (Gard).

"On fait face à une délinquance en pleine émergence. Le trafic de médicaments peut rapporter 30 fois plus que les stupéfiants alors que la peine encourue est de seulement trois ans", note le colonel Bourret. Les mafias se sont également emparées des déchets parce que "ça vaut de l'or", souligne-t-il.

Face à l'ampleur de la tâche, l'Oclaesp est-il suffisamment armé?

Juge au pôle de santé publique de Paris, Marie-Odile Bertella-Geffroy estimait récemment que les gendarmes de l'unité "n'étaient pas assez nombreux".

Plus trivialement, Irène Frachon s'est interrogée sur "le manque de moyens" de l'Oclaesp après avoir vu une souris passer furtivement dans les locaux lors de son audition.

"On ne peut pas tout faire tout seul", concède le colonel Bourret tout en faisant valoir que son unité est passée de 15 à 55 hommes depuis sa création. "On travaille en coordination avec d'autres services. Il n'y a pas de soucis à se faire, nous avons les moyens suffisants pour enquêter", assure-t-il.

AFPSource AFP
modifié le 25/10/2011