Cancer : les médecines complémentaires souvent utiles, parfois à risque
Ginseng, auriculothérapie, jus de canneberge ou cartilage de requin : les médecines complémentaires peuvent aider les patients souffrant de cancer mais certaines risquent aussi de réduire l'efficacité des traitements ou provoquer de fortes toxicités.

Source photo : Sascha Schuermann [DDP/AFP/Archives]
De jeunes oncologues ont présenté mardi dans le cadre du congrès Eurocancer (22-24 juin) un dossier sur l'usage des médecines complémentaires s'ajoutant à un traitement anti-cancéreux pour en atténuer les effets, auxquelles ils ont paru ouvert, pour autant qu'elles ne nuisent pas au traitement.
Ils sont en revanche tout à fait hostiles aux médecines alternatives qui détournent le patient du traitement classique.
Homéopathie, omégas 3, probiotiques, vitamine C, thé vert, massages, médecine ayurvedique, 60% des patients en font usage, selon une étude réalisée cette année. Une fois sur deux ils n'en disent rien au médecin.
"C'est leur manière à eux de se battre", relève le Dr Manuel Rodrigues, président de l'AERIO (Association d'enseignement et de recherche des internes en oncologie). Il faut donc ne pas "aller contre", mais "en discuter pour les orienter vers celles qui ne sont pas dangereuses".
L'acupuncture, utilisée par près d'un tiers des patients, semble efficace contre les nausées et vomissements et peut-être contre l'épuisement, la baisse des globules blancs ou la sécheresse de la bouche due aux rayons. Selon Erika Viel, interne à Besançon, son innocuité a été "démontrée lors d'analyses rétrospectives des effets secondaires observés".
L'auriculothérapie, méthode d'acupuncture centrée sur l'oreille, est utilisée à l'Institut Gustave Roussy, "contre les nausées, les fatigues, la neuropathie, avec de très bons résultats", dit le Dr Rodrigues.
Mais certaines substances, minoritaires, selon le Dr Rodrigues, présentent un potentiel de toxicité ou de risques d'interaction avec les médicaments anti-tumoraux.
Parmi les produits potentiellement toxiques, il y a le kava (nocif pour le foie), les Aristolochia fangchi de la médecine chinoise (pour les reins), les échinacées ou certaines plantes de la médecine traditionnelle chinoise (pour le système cardio-vasculaire).
Des interactions inhibant le traitement peuvent se produire avec le millepertuis, les phyto-oestrogènes, le jus de pamplemousse, "formellement contre-indiqué avec les nouvelles thérapeutiques", le ginkgo Biloba, la primevère du soir...
Attention aussi aux "mélanges de plantes médicinales", relève Jérôme Barrière, du centre Antoine Lacassagne de Nice.
Ne pas prendre de chardon Marie avec certaines chimiothérapies, de thé vert avec d'autres. Dans certaines conditions, éviter l'ail, le gingembre ou l'huile de foie de morue. En revanche le jus de canneberge, le chou palmiste nain, le cartilage de requin ou l'homéopathie n'ont aucun "effet délétère" sur le traitement.
Les compléments alimentaires ont peu d'intérêt. Aucun "ne permet de prévenir la survenue d'un cancer ni d'en obtenir plus facilement la guérison", note le Dr Rodrigues. Certains suppléments alimentaires, à doses très supérieures aux apports conseillés, peuvent être nocifs. "La supplémentation en béta carotène peut augmenter le risque du cancer du poumon chez les patients fumeurs", "les antioxydants peuvent devenir pro-oxydants", dit-il.
Pas grand chose non plus à attendre de l'alimentation, selon le Dr Yann Vano, oncologue à Nice. Consommer des fruits et légumes "n'apporte rien contre le cancer du poumon", le rôle des tomates contre le cancer de la prostate n'est pas prouvé, les conclusions sont hétérogènes pour le calcium et la vitamine D.
![]() | Source AFP modifié le 24/06/2010 |













