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CHR de Metz: le patron de la cardiologie suspendu après un rapport accablant

 

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Le chef de la chirurgie cardiaque au Centre hospitalier régional (CHR) de Metz, Pierre-Michel Roux, a été suspendu et pourrait être sanctionné pour de "graves irrégularités" ayant entraîné une surmortalité élevée dans son service, a annoncé vendredi l'Agence régionale de santé (ARS).

 

Le chef de service de chirurgie cardio-vasculaire et thoracique Pierre-Michel Roux au CHR de Metz le 5 avril 2007

Source photo : Jean-Christophe Verhaegen [AFP/Archives]


Le médecin a dénoncé en soirée "l'opacité" de la démarche de l'ARS. "Je n'ai été entendu qu'une demi-heure par la mission d'inspection" et "un recours va être déposé contre ma suspension", a-t-il indiqué dans un texte lu à la presse.

Les pratiques du Dr Pierre-Michel Roux sont sévèrement mises en cause dans un pré-rapport rédigé par une mission d'expertise, qui souligne "des réalisations d'actes chirurgicaux multiples non validés, non indiqués voire franchement délétères, qui ne correspondaient à aucune recommandation sanitaire".

Cette même mission avait constaté une surmortalité élevée des patients en 2009, conduisant l'ARS à fermer le service dès le 11 octobre.

"Pour un même niveau de risques, la mortalité est trois fois moindre dans les autres centres hospitaliers français", a affirmé Jean-Yves Grall, directeur de l'ARS, précisant que cette surmortalité avait continué en 2010.

Pour les opérations de remplacement de valves cardiaques, la mortalité est passée de 19% en 2009 à 21% en 2010 pour un niveau d'activité identique, alors que la moyenne nationale est de 6,9%.

Le Dr Roux avait justifié cette surmortalité dans son service du CHR de Bon-Secours par "la prise en charge de malades à très haut risque chirurgical". "Refuser d'opérer ces malades aurait en effet amélioré les statistiques (de mortalité) du service, avait-il déclaré.

M. Grall a jugé vendredi l'explication "inexacte", notant une série de dysfonctionnements: recours systématique à la chirurgie à l'exclusion d'autres traitements, multiplication des actes chirurgicaux lors d'une même opération conduisant à des interventions anormalement longues, importance des chocs sceptiques ou turn-over élevé des praticiens et absences de procédures communes.

"Il n'y avait pas de justification collégiale à la réalisation d'interventions chirurgicales, pas d'évaluation bénéfice/risque", a déploré le directeur de l'ARS. Il a souligné que le service de chirurgie cardiaque fonctionnait de manière "autarcique, tant vis-à-vis de l'hôpital que de la communauté nationale des chirurgiens cardiaques".

Concernant l'activité libérale du chirurgien, les auteurs du pré-rapport ont également constaté de "graves irrégularités, avec une opacité quant à la réelle information éclairée des patients", et des pratiques "non-réglementaires, voire illégales", selon M. Grall.

Des devis relatifs aux dépassements d'honoraires "sont parfois rétroactifs et peu clairs, parfois avec des montants annoncés qui ne correspondent pas aux montants définitifs tels que déclarés aux organismes de sécurité sociale".

Par ailleurs, alors que le seuil minimal nécessaire pour maintenir le service avait été atteint en 2009, "les experts de la mission ont fait remarquer que l'ensemble de la dynamique était dans la recherche de l'accroissement de l'activité", a-t-il poursuivi.

Outre la suspension du médecin, signifiée vendredi matin par la direction de l'hôpital, une procédure disciplinaire devant le Centre national de gestion a été lancée à son encontre.

Le service de chirurgie cardiaque devrait toutefois reprendre ses activités "dans les prochaines semaines avec une nouvelle équipe de praticiens qualifiés et reconnus", a indiqué le directeur de l'ARS, précisant que "les personnels de l'organisation ne sont pas en cause".

Les conclusions définitives de la mission d'expertise, à laquelle participent deux chirurgiens cardiaques et un anesthésiste, devraient être rendues dans deux mois.

AFPSource AFP
modifié le 02/11/2010