Décès de Georges Mathé, grand cancérologue fougueux et passionné
Cancérologue hors pair et homme de passion, le Pr Georges Mathé, mort vendredi à l'âge de 88 ans, était un chercheur de pointe en immunologie et en hémato-cancérologie, qui a ouvert la voie notamment aux greffes de moelle osseuse.

Source photo : AFP/Archives
"La recherche médicale et biologique est l'affaire de tous", elle ne deviendra une entreprise vivante "que le jour où toute une nation se reconnaîtra avec fierté dans ses chercheurs comme elle se reconnaît dans ses athlètes", lançait-il il y a plus de 40 ans.
Né le 9 juillet 1922 à Sermages (Nièvre), Médaille d'or de l'internat des hôpitaux de Paris, Agrégé de carcinologie en 1958, il se consacre rapidement aux leucémies et maladies de sang et partage sa vie entre la clinique, la recherche et l'enseignement.
Interne avec lui, le Pr Jacques-Louis Binet, secrétaire perpétuel de l'Académie de médecine, en parle comme d'un médecin et d'un chercheur particulièrement brillant, exigeant et gros travailleur.
La ministre de la Recherche, Valérie Pécresse, a rendu hommage à "cet homme exceptionnel qui, fort de sa double expérience de médecin et de chercheur, a travaillé tout au long de sa carrière à vaincre la leucémie".
Considéré comme un des plus brillants cancérologues français, il accomplit presque toute sa carrière à l'hôpital Paul Brousse de Villejuif, où il est mort vendredi.
En 1958, il ouvre une nouvelle voie à la thérapeutique en pratiquant des greffes de moelle osseuse sur des personnes irradiées dans une centrale yougoslave. Il fonde en 1961 à Paul Brousse l'Institut du Cancer et d'Immunogénétique (ICIG), "un énorme institut, avec un bâtiment pour les malades, un pour la recherche, un étage pour les souris", selon le Pr Binet. Il le dirigera jusqu'à son départ en retraite, en 1990.
En 1963 il réalise une greffe de moelle osseuse sur un malade atteint de leucémie aiguë et s'intéresse à ce qu'on appelle "la réaction du greffon contre l'hôte". Il reçoit le prix Medawar 2002 décerné par la Société internationale de transplantation. Il travaille aussi sur une méthode de traitement des cancers utilisant le système immunitaire.
Gaulliste, il est de 1964 à 1966 conseiller de Raymond Marcellin, alors ministre de la Santé publique, et participe activement à la création de l'Inserm.
Connu pour son franc-parler, outrancier souvent, il ne fuyait aucune controverse.
Lors de l'affaire du sang contaminé, il n'hésite pas à montrer du doigt les anciens présidents de la Fondation nationale de la transfusion sanguine, dont le Pr Jean Bernard, dont il avait été l'élève mais qu'il détestait.
Dans les années 80, notant que "20% des cancers sont sexuellement transmissibles" par le biais du papillomavirus (cancer du col de l'utérus), il incrimine la permissivité sexuelle, l'avortement et la pilule, qui facilite les rapports sexuels et multiplie les risques.
Alternativement "généreux, charmant" ou "insupportable", selon le Pr Binet, il se fâche avec les gens avec qui il travaille, s'en prend à la ministre Simone Weil, qui, dit-il, a refusé des crédits à la recherche sur le cancer.
"Je sais, dit-il, que mon caractère m'a beaucoup desservi", reconnaîtra-t-il. Mais, "je ne crois pas être un pulsionnel, bien plutôt un moraliste".
Il avait obtenu en 2004 la Grande médaille de l'Académie de médecine, dont il n'était pas membre. "Il s'en fichait, et il avait insulté tellement de gens !", glisse le Pr Binet.
Marié et père d'une fille, commandeur de la Légion d'honneur, il se disait proche du shintoïsme, hommage au Japon qu'il aimait.
Un centre anticancéreux, inauguré en 2007 à Belgrade, porte son nom.
![]() | Source AFP modifié le 20/10/2010 |













