Demande de réduction de l'usage des phtalates dans les établissements de santé
Les phtalates, qui assouplissent le PVC, doivent être exclus des dispositifs médicaux pour les enfants et les femmes enceintes ainsi que des sols des unités de soins intensifs ou pédiatriques et des maternités, a estimé mercredi la députée UMP Valérie Boyer lors d'un point de presse.

Source photo : Francois Guillot [AFP/Archives]
Mme Boyer vient de déposer une proposition de loi en ce sens, co-signée à ce jour par une cinquantaine de députés.
L'exposé des motifs rappelle qu'on retrouve des phtalates "partout dans notre environnement quotidien", notamment dans les emballages alimentaires, les nappes, les fournitures de bureau, les colles, les rideaux de douche, les sols plastiques...
Dans les établissements de santé, ils entrent dans la composition des tubes et poches de perfusion, cathéters, gants médicaux, sondes, "à hauteur de 30 à 50% du produit fini", voire 60% dans les tubulures.
Or ces phtalates, qui migrent vers le sang et les mélanges nutritifs gras, provoquent des malformations de l'appareil reproductif masculin, avec atrophie et descente incomplète des testicules. En outre des "corrélations fortes" ont été établies entre l'exposition aux phtalates et le cancer du sein, les troubles comportementaux chez l'enfant et certaines allergies.
La quasi totalité des phtalates ont été classés comme cancérigènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction par la Commission européenne.
"Aujourd'hui, les solutions de substitution existent", telles que le polypropylène, indique Mme Boyer, "à des prix proches, voire identiques, aux produits contenant des phtalates". "Cela ne met donc pas en péril le budget des établissements de santé", a-t-elle noté devant la presse, parlant de "mesure de santé publique économiquement viable".
Les phtalates sont déjà interdits depuis 2006 pour les jouets et le matériel pour enfants.
Mme Boyer s'est dite favorable aussi à un étiquetage des produits contenant du phtalate. Mais "un étiquetage visible, lisible", a suggéré Olivier Toma, président du Comité pour le développement durable en santé (C2ds), qui regroupe des professionnels de la santé et du monde hospitalier.
Selon M. Toma, une centrale de référencement envisage d'inciter les centrales d'achat à s'intéresser aux produits sans phtalate.
Le Pr René Habert, directeur du laboratoire de développement des gonades Inserm/CEA, a rappelé que les phtalates n'étaient qu'un perturbateur endocrinien parmi d'autres faisant partie du "problème général de la reprotoxicité" - le nombre des spermatozoïdes de chaque individu a baissé en 50 ans de moitié.
"La période critique est la période foetale et néo-natale, mais les conséquences ne se voient que 30 ans après", a-t-il dit. Ce qui rend la toxicité d'une substance difficile à démontrer, même si on peut présenter "un faisceau d'arguments".
Mme Boyer a espéré que sa proposition de loi, si elle est adoptée, puisse avoir une "vertu d'exemplarité" pour les autres utilisateurs de phtalates.
Cette annonce est intervenue alors même que l'Assemblée nationale votait l'interdiction de la fabrication et la commercialisation de biberons contenant du bisphénol A (BPA), considéré aussi comme un perturbateur endocrinien et qui, comme les phtalates, concerne particulièrement les enfants. Le texte sur le BPA a déjà été voté par le Sénat.
![]() | Source AFP modifié le 24/06/2010 |













