Depuis le scandale de la dioxine, les Allemands achètent encore plus bio
Les étals sont pratiquement vides dans la Bio Company du quartier de Kreuzberg à Berlin: la demande pour la viande et les oeufs bio a explosé depuis l'alerte à la dioxine dans les aliments.

Source photo : Johannes Eisele [AFP]
"Dioxine: les produits bio ne sont pas concernés", annonce une pancarte en lettres majuscules, installée dans les rayonnages de viande.
Bio Company veut différencier ses produits de ceux au coeur du scandale qui touche des oeufs et du porc issus de l'industrie agroalimentaire de masse.
"Nous vendons au moins deux fois plus de viande et d'oeufs. Nous devons organiser des livraisons supplémentaires pour faire face à la demande", explique Silke Unwetter, une employée du magasin.
Au coin de la rue, au magasin "LPG Biomarket", même rayonnages vides. Redmond Nielsen, un paysagiste âgé de 41 ans, dit avoir changé ses habitudes à la lumière de la crise. "Auparavant, j'économisais clairement sur la viande. Pour les oeufs, j'achetais des oeufs issus de poules élevées en plein air. Mais maintenant j'achète bio", dit-il.
Au plus fort de la crise, vendredi dernier, les autorités avaient interdit à 4.700 exploitations dans huit des seize Länder (Etats régionaux) de vendre leurs produits, par mesure de précaution. Seules 490 exploitations étaient encore concernées mardi soir.
A l'origine du scandale se trouve un fabricant de graisses alimentaires et industrielles soupçonné d'avoir sciemment livré à des fabricants d'aliments pour animaux des graisses techniques destinées à l'industrie.
Jusqu'à 150.000 tonnes d'aliments pour animaux ont pu être contaminées, selon Berlin. Des analyses ont prouvé la présence de dioxine, un produit cancérigène quand il est contenu à haute dose, dans des oeufs et chez trois poules. Et mardi, alors que plus 4.000 fermes et exploitations agricoles ont pu rouvrir, de la dioxine a été trouvée dans des porcs, une viande dont raffolent les Allemands.
Jens Ellerbeck, 55 ans et client de la chaine Bio Company, peine à contenir sa rage. "J'achète bio parce que je n'ai pas confiance dans l'industrie agroalimentaire. C'est une mafia. Ce sont juste des criminels", dit-il.
Margit Beck, de la société d'études MEG spécialisée dans le marché de la volaille et des oeufs, confirme: "Il est certain que les gens recherchent davantage les oeufs bio", a-t-elle dit à l'AFP, constatant en revanche "une claire diminution" de la demande d'oeufs en général.
Une pénurie d'oeufs bio a déjà été observée en certains endroits, selon la Fédération allemande des producteurs bio. "Le marché n'était pas très bien approvisionné avant la crise et les poules ne peuvent pas pondre plus vite", souligne Felix zu Löwenstein, le président de la Fédération.
Le marché allemand de l'alimentation biologique est le plus gros d'Europe, avec des ventes de plus de 5 milliards d'euros en 2008, selon les derniers chiffres disponibles de la Fédération, suivi par le marché britannique, avec 2 milliards d'euros.
Les oeufs sont les produits bio qui séduisent le plus: une étude de la Fédération a montré que 63% des clients "bio" mettent d'abord des oeufs dans leur panier, devant des fruits et des pommes de terre.
Les producteurs bio bataillent pour faire face au boom de la demande, mais ils ont du mal, souligne Mme Beck.
"Le nombre d'oeufs bio ne peut pas être accrû à court terme. Il n'y a qu'un nombre limité de poules bio et elles ne peuvent pas travailler plus" qu'elles ne le font, a-t-elle dit.
![]() | Source AFP modifié le 12/01/2011 |













