Déserts médicaux et liberté d'installation: le PS évoque la contrainte
Les mesures limitant la liberté d'installation des médecins libéraux pour lutter contre les déserts médicaux, déjà tentées puis abandonnées par le gouvernement, pourraient revenir en cas d'alternance en 2012, à en juger par le dernier débat de la primaire socialiste.

Source photo : Christophe Simon [AFP/Archives]
Casse-tête gouvernemental, cauchemar des élus locaux : la progression des déserts médicaux en milieu rural ou en banlieues déshéritées est de plus en plus mal ressentie par les populations.
Mais les jeunes médecins, en majorité des femmes, ne veulent plus s'installer en libéral : ils représentaient seulement 9,4% des 5.392 nouveaux inscrits à l'Ordre des médecins au 1er janvier 2011.
La plupart préfèrent une activité salariée, de préférence en ville, redoutant l'absence d'écoles et de distraction dans les campagnes ou les violences des banlieues.
Cet été, la petite ville de la Ferté-Bernard (Sarthe), a fait sensation en décidant de salarier directement deux généralistes.
D'autres petites communes ont déjà fait venir des médecins roumains ou belges, leur offrant de multiples avantages matériels, mais avec des fortunes diverses.
Faut-il alors contraindre les médecins, en particulier ceux en début de carrière, à venir exercer un certain nombre d'années en zones dites "sous dotées" ?
Lors du dernier débat télévisé de la primaire socialiste mercredi, Martine Aubry s'est montrée catégorique.
"Quand on sort jeune médecin alors que les citoyens vous ont payé 10 à 12 ans d'études et que la Sécurité sociale va rendre solvable tous les clients qui rentrent chez vous, on vous demande de passer 5 ou 10 ans dans des zones rurales ou dans des quartiers de nos villes où il n'y a pas de médecins, ça ne paraît pas aberrant", a-t-elle dit.
Arnaud Montebourg a aussi défendu cette ligne tandis qu'à l'inverse François Hollande et Manuel Valls faisaient valoir que les mesures coercitives ne marchent pas. Le président du Conseil général de Corrèze n'envisage que de refuser de nouvelles installations dans des zones surdotées, comme le sud-est de la France.
Depuis l'arrivée à l'Elysée de Nicolas Sarkozy, la droite a pris des mesures coercitives, dans le cadre de la loi Hôpital Patients Santé Territoires (HPST) de Roselyne Bachelot, avant de revenir à l'incitation.
Une pénalité annuelle de 3.000 euros était envisagée pour les médecins de secteurs surdotés refusant d'aller exercer quelques heures par semaine dans les déserts médicaux. Cette disposition a d'abord été gelée avant d'être finalement annulée.
Succédant à Mme Bachelot au ministère de la Santé, Xavier Bertrand a choisi l'incitation.
La convention médicale signée fin juillet entre l'assurance maladie et les syndicats de médecins libéraux majoritaires prévoit notamment des bonus de 10% sur le prix de la consultation (soit 2,30 euros) pour les médecins allant en zones rurales au moins 25 jours par an, avec un plafond de 20.000 euros. Une mesure dont le coût est estimé à 23 millions d'euros.
Un ancien dispositif incitatif, datant de 2007, a déjà été critiqué par la Cour des comptes : d'un coût de 20 millions, il n'avait amené qu'une cinquantaine de médecins dans les zones déshéritées.
De plus, des bourses offertes à des étudiants sous réserve qu'ils aillent exercer dans des zones désignées n'ont pas eu de succès.
Pour l'économiste de la santé Claude Le Pen, la problématique des déserts médicaux ne se résume pas à un choix coercition/incitation. "Il ne faut pas dire aux Français qu'ils garderont la même proximité avec les médecins", a-t-il dit à l'AFP évoquant le développement à l'avenir de l'e-santé, des cabinets de groupes et des délégations de tâches vers des personnels paramédicaux.
![]() | Source AFP modifié le 10/10/2011 |













