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Dur, dur de revenir au travail après un cancer

 

Ma santé

 

On se fatigue plus vite, on a moins confiance en soi, peur de la récidive, et au travail, on se sent pénalisé : le retour dans l'entreprise après un cancer, effectif pour 8 personnes sur dix, est souvent difficile, ont constaté des cancérologues et médecins du travail.

 

Salle de travail dans un centre de formation le 22 novembre 2010 à Villejuif.

Source photo : Jacques Demarthon [AFP/Archives]


Deux enquêtes sur le sujet, réalisées à l'initiative de l'Institut Curie et publiées jeudi, concernent l'après-cancer vu par la population générale et vécu par les anciens malades.

Près d'un tiers des malades touchés par un cancer travaillent, et, pour 43% des Français, la réinsertion professionnelle semble être leur principale difficulté (sondage Viavoice réalisé en mars/avril par téléphone auprès de plus de 1.000 personnes). 24% évoquent le jugement et le regard des autres, 20% le suivi médical lourd, la santé encore fragile... Sans compter, comme le relèvent 18% des personnes interrogées, que le moral est souvent atteint.

Des résultats que confirme une étude menée par l'Institut Curie en 2005-2006, en collaboration avec 82 médecins du travail, auprès de 402 salariés d'Ile-de-France touché par le cancer, dont 42 se sont entretenus avec la psycho-sociologue Monique Sevellec.

De ces salariés, 79% étaient de retour au travail dans les deux ans suivant le diagnostic. Avec des variantes selon la localisation des tumeurs : 100% pour les cancers du testicule, 94% pour les cancers de la thyroïde, 92% pour les cancers du sein, 38% pour les cancers du poumon. Selon aussi le type de travail : 50% des cadres supérieurs reprennent dans les quatre mois suivant le diagostic, 50% des employés et ouvriers dans les dix mois.

"Je me disais : le jour où je retournerai au travail, j'en aurai fini avec tout ça", confie un ancien malade. De fait le cancer constitue une "rupture dans la continuité de vie", voire une "atteinte à l'identité", note Monique Sevellec. Mais "plus rien ne sera comme avant".

Ainsi, 61% des salariés se disent plus fatigables, 41% ont des troubles du sommeil, 33% des troubles de la mémoire et de la concentration, 14% des douleurs chroniques. L'anxiété est trois fois plus fréquente que dans la population générale, 6% souffrent de dépression grave.

La hiérarchie et les collègues ne facilitent pas forcément les choses. 20% des ex-malades se sentent "pénalisés, soit qu'ils soient rétrogradés, soit qu'on leur refuse une promotion, soit qu'ils soient placardisés", note Bernard Asselain, chef du service de bio-statistiques de l'Institut Curie.

Aux cadres, "on demande la même chose qu'avant, comme si de rien n'était", en dépit de leur fatigabilité, relève-t-il. Ou bien "on ne vous attend plus, il y a eu des remplacements". Le temps partiel proposé à la moitié des anciens malades est inadéquat : "il n'est pas accompagné d'un réel allègement de la charge de travail" et provoque donc un surcroît de stress, selon Monique Sevellec.

Il faut subir parfois aussi l'incompréhension des collègues qui ou bien ont peur ou bien croient que "tout va bien". Avec des réflexions du genre : "ou tu reviens complètement ou pas du tout".

Pour aider les salariés, Marie-Françoise Bourillon, médecin du travail, préconise un recours plus fréquent à la visite de pré-reprise pour "travailler sur les modalités de la reprise et son accompagnement", que ne demande qu'un salarié sur quatre.

"Plus on prépare en amont, mieux c'est", relève Bernard Asselain, qui souhaite des actions coordonnées entre salarié, médecin du travail, cancérologue, et prône la création d'un livret d'information pour le patient qui revient au travail.

Dans un documentaire diffusé en mars sur France 5, "Après un cancer, la vie!", un ancien rugbyman guéri confiait : "On se demande si c'est pas plus dur aujourd'hui de vivre le quotidien que pendant la maladie".

AFPSource AFP