Epidémie de rougeole: les autorités de santé sonnent l'alarme
Une épidémie "préoccupante" de rougeole, avec pour le début 2011 plus de cas estimés que pour toute l'année 2010 : les autorités sanitaires sonnent l'alarme, rappelant qu'on peut l'éviter par la vaccination et qu'il ne s'agit pas du tout d'une maladie anodine.

Source photo : Patrick Kovarik [AFP/Archives]
"L'épidémie a explosé depuis octobre", a noté mercredi devant la presse Françoise Weber, directrice de l'Institut de veille sanitaire (Invs).
On comptait 5.021 cas déclarés en 2010, 3.749 pour les deux premiers mois de 2011.
Mais les déclarations - obligatoires depuis 2005 - ne constituent que "la partie émergée de l'iceberg" : il faut selon elle multiplier par 2 le nombre de cas déclarés pour 2010 et sans doute au moins par 3 pour le début 2011. Le vrai nombre de cas pour janvier-février devrait donc être "de 10 à 12.000".
Plus que les chiffres eux-mêmes, ce qui est inquiétant, "c'est la tendance", souligne-t-elle. Pour Didier Houssin, directeur général de la santé, "le phénomène est en grande extension, et l'on peut craindre qu'il ne s'accentue dans les semaines qui viennent". En 2010 les pics sont intervenus en avril et en décembre.
Contrairement à la rougeole de jadis, qui concernait les enfants de 10-12 ans, la maladie touche aujourd'hui aussi les moins de 1 an (8,3% des cas en 2010, trois fois plus qu'en 2009) et les plus de 20 ans (34%, cinq fois plus qu'en 2009), notamment les jeunes adultes.
Des tranches d'âge où les complications sont plus fréquentes : 38% des tout-petits et 47% des plus de 20 ans ont été hospitalisés en 2010, avec des cas de pneumopathies et d'encéphalites aiguës, et deux décès chez de jeunes adultes. Depuis le début de l'année, 8 nouvelles encéphalites ont été déclarées, et un décès est survenu après pneumopathie.
L'épidémie est nationale mais concerne surtout la moitié sud de la France, où on se vaccine moins que dans le nord. En 2010, la région Midi-Pyrénées avait connu l'incidence la plus forte, plus de la moitié des cas déclarés début 2011 concernait la région Rhône-Alpes. 82% des personnes ayant eu la rougeole en 2010 n'étaient pas vaccinées, et 13% n'avaient reçu qu'une dose de vaccin.
La France est un des pays d'Europe - avec la Bulgarie - où l'incidence est la plus élevée. "Des cas sont exportés à partir de la France, et certains pays, notamment en Amérique où elle a été éradiquée, sont très inquiets", relève le Pr Houssin.
Après incubation d'une dizaine de jours, la rougeole se manifeste par de la fièvre puis des plaques rouges, d'abord au niveau de la tête. Il n'y a pas de traitement spécifique. Due à un virus, c'est la plus contagieuse des maladies infectieuses, avec un cas à l'origine de 20 autres chez des personnes non vaccinées (un cas de grippe en cause 1,3 à 1,5 autre).
"Il faut ralentir, sinon stopper, la progression de l'épidémie", a dit la secrétaire d'Etat à la santé Nora Berra devant la presse.
La solution, c'est la vaccination à deux doses, non seulement pour les petits à partir de 1 an (neuf mois s'ils sont gardés en collectivité), mais pour tous ceux qui ne sont pas déjà vaccinés ou n'ont pas eu la rougeole, jusqu'à l'âge de 31 ans, comme l'a recommandé mardi le Haut conseil de la santé publique.
Pour eux, il faut effectuer "un rattrapage", martèle le Pr Houssin. "Dans le doute, il vaut mieux se faire vacciner".
Outre les moins de 31 ans, doivent se faire vacciner les personnels de santé plus âgés, qui pourraient côtoyer des personnes à risque grave, et les personnels de la petite enfance.
Le vaccin est remboursé à 100% jusqu'à l'âge de 18 ans, et à 65% après cet âge.
![]() | Source AFP modifié le 24/03/2011 |













