Etats-Unis: les pommes de terre dans les cantines, patate chaude au Congrès
Le modeste tubercule n'en demandait pas tant, mais la quantité de pommes de terre que les écoliers américains consomment dans leurs cantines est bel et bien l'objet d'un débat politique animé à Washington.

Source photo : Mychele Daniau [AFP/Archives]
Le ministère de l'Agriculture, dans une nouvelle initiative pour endiguer l'obésité, veut limiter la consommation de féculents à deux repas par semaine, en usant d'un programme de subventions qui pourrait se chiffrer à 6,8 milliards de dollars sur cinq ans.
Ce serait une première pour le gouvernement fédéral, qui n'avait jamais imposé pareille limitation par le passé. Sans surprise, l'initiative ne ravit pas les producteurs de pommes de terre et leurs représentants dans la capitale.
"Si je soutiens avec vigueur une augmentation du nombre de fruits et légumes disponibles dans nos écoles, je crois que cette proposition va tout simplement trop loin", a réagi Olympia Snowe, sénateur de l'Etat du Maine (Nord-Est), un haut lieu de la production de pommes de terre aux Etats-Unis.
Le Sénat s'est saisi de cette proposition le 17 octobre: Olympia Snowe et les élus du Colorado (ouest), de l'Idaho (nord-ouest), du Nebraska (centre) et de l'Oregon (nord-uuest), d'autres Etats producteurs, espèrent la tuer dans l'oeuf par un amendement --soutenu à la fois par des démocrates et des républicains-- à la loi de financement de l'agriculture pour l'année 2O12.
De part et d'autre, les enjeux sont lourds de conséquences. Aux Etats-Unis, un enfant sur quatre est obèse et un sur trois souffre de surpoids. Les agriculteurs, quant à eux, sont aux prises avec la faible croissance économique et la mauvaise météo qui touche de nombreux Etats.
D'après le Conseil national de la pomme de terre, un groupement industriel, la pomme de terre est la première source de revenus des agriculteurs et pèse 3,3 milliards de chiffre d'affaires annuel.
Chaque mois, un Américain moyen en consomme 4,5 kilogrammes en moyenne, d'abord sous forme de purée et de frites ou cuites au four.
Mais une étude publiée en 2011 par l'école en santé publique d'Harvard indique que la patate compterait parmi les principaux aliments facteurs de prise de poids ces 20 dernières années.
D'où leur recommandation: réduire la consommation de féculents, au profit du maïs et des petits pois par exemple, pour tenir les calories à distance sur le long terme.
Une idée que le département de l'Agriculture a entre-temps reprise à son compte, arrivant ainsi à la conclusion qu'en réduisant la quantité du tubercule incriminé dans les cantines, cela inciterait les écoliers à se reporter sur des choix plus verts.
John Keeling, directeur exécutif du Conseil national de la pomme de terre à Washington, explique qu'un tel transfert n'a rien d'évident. "Les pommes de terre représentent moins de 3% de l'apport calorique total des Américains" se défend-il dans un mail à l'AFP.
D'ailleurs, écrit-il, la pomme de terre est une excellente source de potassium, dont les Américains sont souvent en carence.
Ironie du sort, cette limitation apparaît au moment même où la Chine, premier producteur mondial de pommes de terre, veut inciter sa population à en consommer davantage.
"Ils ont vraiment l'air d'envisager la pommes de terre comme la source d'alimentation majeure de la population à l'avenir", se réjouit John Keeling.
![]() | Source AFP modifié le 24/10/2011 |













