Face au nouveau rôle du pharmacien, les médecins défendent leurs prérogatives
Le nouveau rôle attribué aux pharmaciens, bientôt rémunérés pour les conseils qu'ils dispensent, transforme leurs relations avec les médecins qui entendent bien préserver leurs prérogatives et refusent d'y voir une réponse partielle aux déserts médicaux.

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Une pharmacienne

Source photo : Joel Saget [AFP/Archives]
Une nouvelle convention, entrée en vigueur le 7 mai, a introduit un paiement à la performance pour les pharmaciens, un peu sur le type de ce qui existe chez les médecins.
La loi HPST (Hôpital, patients, santé, territoires) de 2009 leur avait en effet attribué de nouvelles missions, faisant du pharmacien "un acteur à part entière du système de soins" dont le nouveau mode de rémunération est prévu dans le Budget de la Sécurité sociale 2012.
Les 22.000 officines françaises recevaient jusqu'à présent une rémunération au forfait (0,53 centime par boîte) auquel s'ajoutait un pourcentage du prix de vente des médicaments.
Mais les pharmaciens, fortement touchés par la baisse du prix des médicaments, souhaitaient s'en détacher.
Début 2013, des primes leur seront versées en fonction d'objectifs comme la part de génériques délivrés ou la dématérialisation des ordonnances.
Petite révolution, ils assureront dès 2013 des "entretiens pharmaceutiques", afin de suivre le traitement des patients prenant des anti-coagulants, payés sous forme d'un forfait par an et par patient (40 euros). Il en sera de même pour les patients asthmatiques mi-2013.
Enfin, la convention prévoit la mise en place d'honoraires dits "de dispensation" pour les conseils délivrés sur la posologie, les modalités de conservation du médicament, la durée du traitement ou encore les effets indésirables.
"On est sur un vrai changement du métier de pharmacien", avait déclaré à l'issue des négociations sur cette convention Gilles Bonnefond, secrétaire général de l'USPO (Union des syndicats de pharmaciens d'officine).
Contrairement aux médecins, les pharmacies sont bien réparties sur le territoire, en zone sensible aussi bien que dans les régions rurales, selon l'Ordre national des pharmaciens qui doit publier jeudi son recensement 2012.
Et certains voient dans ces nouvelles attributions une façon de répondre partiellement aux déserts médicaux.
Mais les médecins repoussent en bloc cette idée: "on est sur un projet d'organisation des soins de premiers recours qui doit se faire en collaboration les uns avec les autres, non pas pour que les uns remplacent les autres", insiste auprès de l'AFP Claude Leicher, président du syndicat de médecins MG France, qui préfère parler de "coopération".
Pour apaiser les inquiétudes, l'assurance maladie a organisé la semaine dernière une réunion entre les représentants des deux professions, qui a permis de clarifier le rôle de chacun.
Les entretiens pharmaceutiques "ont pour objectif de faire le point sur l'observance, favoriser l'adhésion au traitement et éviter les accidents" liés au médicament, ont souligné dans un communiqué commun deux syndicats de médecins (CSMF et SML) et un syndicat de pharmaciens (FSPF) après cette rencontre.
"A aucun moment la convention pharmaceutique n'a envisagé la modification du traitement de la propre initiative du pharmacien", assurent-ils.
De plus, la communication médecin-pharmacien sera de fait renforcée.
Et "ce qui a beaucoup interrogé les médecins, c'est que le pharmacien n'a pas la responsabilité du traitement mais a une rémunération pour ça, alors que le médecin a cette responsabilité sans rémunération en dehors des consultations", a déclaré M. Leicher.
Il s'est félicité que l'assurance maladie ait donné son accord "de principe" pour que les médecins perçoivent eux aussi une rémunération forfaitaire pour les patients prenant des anti-coagulants, dont le suivi nécessite "un vrai travail", notamment par téléphone, non rémunéré.
![]() | Source AFP modifié le 15/06/2012 |









