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Grippe H1N1: un an après, la méthode française critiquée de toutes parts

 

Ma santé

 

Un an après l'émergence de la grippe H1N1 au Mexique en avril 2009, la gestion de la pandémie par le gouvernement français fait l'objet d'un feu roulant de critiques, certains la jugeant disproportionnée ou pointant le manque de transparence des décisions.

 

Une infirmière s'apprête à administrer le vaccin contre la grippe H1N1 le 25 novembre 2009 à Quimper.

Source photo : Fred Tanneau [AFP/Archives]


Roselyne Bachelot le 10 février 2010 à l'hôpital Necker-Enfants malades à Paris

Source photo : Francois Guillot [AFP/Archives]


Pourtant, fort de l'expérience de la canicule de 2003 où il avait tardé à prendre la mesure du drame, le gouvernement avait voulu bien faire les choses : montée progressive du niveau d'alerte, campagne sur les mesures barrières (lavage des mains, éternuements dans la manche...), achat en nombre de masques et d'antiviraux en attendant les vaccins, commande rapide et massive de vaccins pour répondre à toutes les éventuelles demandes...

Une cellule de crise, pilotée par le ministère de l'Intérieur, est mise en place le 1er mai. A l'été, les conférences de presse deviennent quotidiennes, Dès la rentrée, on commence à fermer des écoles, le Premier ministre annonce lui-même qui est prioritaire pour se faire vacciner dans des centres de vaccination hâtivement mis en place.

Mais la méthode se heurte à des résistances.

Dubitatifs, les médecins renâclent à se faire vacciner et s'étonnent de ne pouvoir vacciner leurs patients. "Ils demeurent les professionnels de santé en qui la population a le plus confiance, qui ont la meilleure connaissance des profils des patients et les plus à même d'assurer un suivi vaccinal efficace", affirme MG France, leur principal syndicat. Les para-médicaux se méfient du vaccin.

Le virus "est une sorte de loterie sinistre", martèle la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot.

Les centres de vaccination ouvrent fin novembre mais les bons pour se faire piquer, indispensables, ne suivent pas. A la mi-décembre, finalement, les clients se précipitent et attendent pendant des heures. Il est vrai que des épidémiologistes évoquent l'hypothèse de 30.000 morts... "Je me suis trompé, on sera très loin de cela", reconnaissait récemment le Pr Antoine Flahault. A ce jour, on en compte quelque 90 fois moins (342 décès y compris l'outremer).

L'enthousiasme retombe vite, faiblesse de la pandémie aidant. A la fermeture des centres, en janvier, à peine six des 94 millions de doses ont été écoulés. La commande de 50 millions des doses est annulée, pour un coût qui devrait avoisiner 48 millions d'euros.

La polémique bat son plein. Nombre de médias soulignent les possibles conflits d'intérêt des experts gouvernementaux travaillant pour des laboratoires, laissant planer le doute sur leur intégrité. D'autres remarquent que les contrats d'achat de vaccins ont été signés "dans la plus grande opacité".

Des voix s'élèvent sur les quantités démesurées de vaccins achetées, sur une communication trop alarmiste incitant à la méfiance, sur la réquisition des personnels de santé qui ont grevé le fonctionnement des hôpitaux... Fallait-il aussi proposer le vaccin à tout le monde - et non pas aux seules personnes vraiment à risque ?.

Même l'Académie de médecine y va de sa critique, regrettant que le gouvernement n'ait pas associé la médecine libérale "d'emblée" à la campagne de vaccination et que l'acquisition des vaccins ne se soit pas faite "par étapes".

L'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) incrimine un plan de lutte contre la pandémie "trop rigide". Les parlementaires mettent en place des commissions d'enquête, où les responsables de la santé sont quelque peu secoués.

"Le général Bachelot s'est trompé et a perdu sa bataille", lancent les Verts, tandis que le Pr Marc Gentilini parle d'une campagne de "démesure".

AFPSource AFP
modifié le 20/04/2010