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Incendies: une "soupe de polluants" dangereuse pour les plus fragiles

 

Ma santé

 

Les fumées d'incendies comme ceux qui sévissent depuis deux semaines en Russie, forment "une soupe de polluants", source en premier lieu de problèmes respiratoires, mais aussi cardiovasculaires.

 

Une personne âgée porte un masque dans le métro de Moscou, le 9 aout 2010

Source photo : Andrey Smirnov [AFP]


Ce désastre associé à une forte canicule est "une catastrophe sanitaire", souligne le professeur Christos Chouaid, pneumologue (hôpital Saint-Antoine Paris).

Il évoque ainsi le "risque de décompensation (aggravation) pour tous ceux qui ont une maladie respiratoire chronique (asthme, bronchite chronique sévère dite BPCO...)."

"Les personnes âgées souffrent mais aussi ceux qui ont des problèmes cardiaques chroniques. Canicule et incendie placent sous pression les hôpitaux, ce genre de situation entraîne beaucoup de difficultés d'accès aux systèmes de santé, des dialyses (les malades ne peuvent pas s'y rendre...), des interventions sont repoussées".

Les fumées sont chargées de microparticules malsaines pour les poumons.

"Les nanoparticules (diamètre inférieur à 0,1 micron) sont probablement responsables de l'effet cardiovasculaire (infarctus, attaque cérébrale); elles rentrent loin dans les poumons et passent dans le sang", relève le professeur Bruno Housset, président de la Fédération française de pneumologie.

"Les masques (type chirurgicaux) ne servent pratiquement à rien: ils ne protègent pas contre les particules fines, les gaz", dit-il.

Le bois qui brûle donne des centaines de produits de combustion comme les hydrocarbures polycycliques cancérogènes, le benzène, l'ammoniaque, le dioxyde d'azote qui, sous l'effet des UV, se transforme en ozone toxique ou encore le dioxyde de soufre qui génère des acides dans l'atmosphère.

"C'est une soupe de polluants, une pollution intense", ajoute le Pr Housset.

D'après les données disponibles, l'impact d'un tel brouillard de fumées toxiques porte à court terme sur le système respiratoire et cardiovasculaire.

On dispose en revanche de peu d'informations sur les effets chroniques d'un épisode de pollution aérienne provenant de feux de végétaux, selon un document de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

La propagation de l'incendie à des zones polluées par Tchernobyl ou autour du centre de retraitement nucléaire de Maïak risque également de relarguer des particules radioactives.

Or, cendres et poussières issues des incendies peuvent voyager à des centaines de kilomètres, voire beaucoup plus, selon les vents.

Il existe également un risque d'infections respiratoires, particulièrement chez les enfants.

Ainsi, à l'occasion des feux de forêt et de tourbières survenus en Asie du Sud-Est en 1997-1998, il y a eu 5 à 25 fois plus de cas de pneumonie dans la région sud-est du Kalimantan (Bornéo) et les cas déclarés d'infections des voies respiratoires supérieures ont augmenté de 50% à Jambi (Sumatra) entre août et septembre 1997, selon l'OMS.

"La canicule en soi est un facteur de surmortalité et les pics de pollution sont connus pour augmenter les consultations aux urgences (crise d'asthme...), les hospitalisations, voire la mortalité", relève le professeur Housset.

Une étude de Narayan Sastry (Rand Corporation, 2002) sur l'impact sur la mortalité à Kuala Lumpur (Malaisie) des feux de forêts survenus en Indonésie en 1997 montre une augmentation de la mortalité non accidentelle de 1,8% parmi les sujets âgés de 65 à 74 ans à chaque "tranche" supplémentaire de 10 microgrammes de particules inhalables (PM10) par m3 dans l'air.

Mais "sur les effets à long terme (respiratoires, cancers...), il n'y a pas de réponse", selon le Pr Housset.

AFPSource AFP
modifié le 13/08/2010