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L'affaire Courjault a sorti le déni de grossesse du déni

 

Enfants et Adolescents

 

L'affaire Véronique Courjault, qui vient de connaître son épilogue judiciaire, a largement contribué à sortir de l'ombre le déni de grossesse, une réalité douloureuse et mal comprise qui concernerait une grossesse sur 500, estiment des spécialistes.

 

Jean-Louis Courjault et son épouse, Véronique, le 22 août 2006 à Tours

Source photo : Alain Jocard [AFP/Archives]


Condamnée à huit ans de prison pour triple infanticide, cette mère de deux adolescents de 13 et 15 ans a obtenu lundi une mesure de mise en liberté conditionnelle. Lors de son procès en juin dernier, différents experts avaient exprimé des avis divergents sur la notion de déni de grossesse, invoquée par la défense, mais réfutée par l'accusation.

Pour le gynécologue obstétricien Israël Nisand (CHU de Strasbourg), qui avait alors été appelé à la barre par la défense, cette affaire a cependant "véritablement changé la connaissance des Français sur cette pathologie grave".

"Il y a moins d'incrédulité, les médecins s'inquiètent de savoir le reconnaître, ce qui n'était pas le cas avant, les magistrats ont découvert que l'infanticide dans ce contexte était d'un certain point de vue compréhensible", a expliqué le spécialiste à l'AFP.

"On est en train de sortir du déni du déni et d'ouvrir les yeux sur cette pathologie très mal connue et fréquente", a assuré le Pr Nisand.

Ce qui n'empêche pas un "sentiment d'incompréhension et un sentiment de peur" de perdurer dans l'opinion publique, a-t-il reconnu.

"Les choses ont beaucoup avancé en termes de connaissances générales", a confirmé Félix Navarro, président de l'Association française pour le reconnaissance du déni de grossesse.

"Quand on sait que c'est une réalité médicale, l'acceptation est meilleure", a-t-il analysé. "Quand vous ne savez pas ce que c'est, évidemment ces femmes là apparaissent comme des monstres".

Contrairement aux idées reçues, le déni de grossesse peut toucher tout type de femme, quels que soient son âge, son milieu social, son niveau intellectuel, sa situation familiale et même son désir affiché d'être mère.

Le déni de grossesse est distinct de la grossesse cachée: la femme est enceinte physiquement, mais pas dans sa tête. Elle ne se sait pas enceinte. C'est en quelque sorte l'envers de la grossesse nerveuse.

Dans la situation de déni, le corps de la femme est le premier berné. Tous les signes de la grossesse sont absents ou largement diminués: pas de prise de poids, pas de déformation de la silhouette - la sangle abdominale se muscle et l'utérus se développe vers le haut au lieu de basculer vers l'avant.

En revanche, le signe le plus commun de la non-grossesse, les règles, sont elles bien souvent présentes. De quoi tromper la femme, son entourage le plus proche, voire les médecins.

Pour les spécialistes, la meilleure connaissance du phénomène peut faire diminuer le nombre d'issues dramatiques du déni, en évitant qu'il n'aille jusqu'au terme de la grossesse, lorsque la femme est mise brutalement devant le fait accompli de la naissance.

"La première grossesse de Mme Courjault a été découverte au 4e mois, une deuxième au 7e mois. Je tiens pour assuré que si on l'avait prise en charge on aurait évité la catastrophe ultérieure", a affirmé le Pr Nisand.

Le procès Courjault a déjà fait l'objet d'un docu-fiction diffusé en décembre dernier sur France 3. "Nous sommes au coeur de la complexité humaine", avait déclaré son réalisateur Jean-Xavier de Lestrade. "Il y a une fascination et une répulsion à la fois. Fascination parce qu'elle est comme nous, mais répulsion parce que l'acte commis est inimaginable", expliquait-il.

AFPSource AFP
modifié le 19/05/2010