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L'annonce d'un cancer du sein à une femme jeune: "arrêt sur image..."

 

Enfants et Adolescents

 

"Dans la salle d'attente, les autres femmes ont l'âge de ma mère, de ma grand-mère": mauvaise nouvelle pour toute femme, l'annonce d'un cancer du sein à une femme jeune fauche en plein élan les rêves, les projets.

 

Affiche en faverur du dépistage du cancer du sein, le 24 septembre 2008 à Marseille

Source photo : Anne-Christine Poujoulat [AFP/Archvies]


"Je suis une patiente de 31 ans, jamais malade, je viens de me marier..." Dans l'amphithéâtre du Palais des congrès de Strasbourg, où se tiennent les 32e Journées de la Société française de Sénologie et de Pathologie mammaire (SFSPM), résonne, incongrue, la voix du Dr Anne Lesur, onco-sénologue à Nancy.

"Je suis absolument seule. J'ai perdu le contrôle de tout. J'ai peur, j'ai vraiment très peur. Ils disent tous des choses différentes", poursuit la spécialiste du cancer du sein, qui, pour son intervention sur "l'annonce du diagnostic à la femme jeune", a choisi de jouer le rôle de la patiente.

Sur le grand écran, les traditionnels PowerPoint scientifiques ont laissé la place à des photos de jeunes femmes. "Arrêt sur image...", dit le Dr Lesur.

La démonstration est faite. Annoncer un cancer à une femme jeune, "qui a la vie devant elle", prend une dimension particulière: des enfants trop jeunes pour rester sans mère, des parents trop âgés auxquels on va mentir. Plongée brutale dans l'incertitude, le désarroi. La rupture est encore plus difficile pour une génération qui vit "dans l'immédiateté, l'efficacité, un monde de certitudes, de résultats immédiats, d'action", explique Patrice Guex, psychiatre à Lausanne.

Une génération de femmes qui ont reçu dans leur berceau "la liberté et l'indépendance" et que la maladie renvoie brutalement dans une maison vide, comme le souligne Anne Lesur.

En face, le corps médical. Le psychiatre explique comment est mis à mal "l'idéal d'une médecine qui aurait réponse à toute souffrance". Le médecin se retrouve "face à un débordement d'émotions", devant des "questions terrifiantes": "dans combien de temps serai-je guérie?", "serai-je encore séduisante?", "est-ce que la maladie peut revenir?"...

Le climat de tension émotionnelle "embrouille la communication" entre la malade et le médecin qui ressent le besoin de "colmater la brèche", indique le Dr Guex, pointant "les phrases de certitudes qui sortent toutes seules".

Facteur aggravant, le parcours de soins de la femme jeune l'amène à rencontrer plusieurs médecins différents, dont les réponses débordent parfois le champ de compétences.

"Dans combien de temps serai-je guérie?". Le psychiatre conseille, non pas d'éluder la question, mais de la déplacer, de l'ouvrir sur la thématique de la guérison pour que la femme puisse exprimer ses rêves, ses espoirs, évoquer concrètement ses projets: voir grandir ses enfants, acheter une maison...

Comment gérer les malades qui ne parlent pas ? Il "ne faut pas craindre" de les interpeller sur leur silence, mais pas "sur le pas de la porte", quand la consultation est terminée, recommande le Dr Guex.

"Il faut être d'autant plus attentifs aux gens où tout est exprimé par le corps", par la douleur, les effets secondaires, met-il en garde. "Les gens extravertis sont très compliqués aussi", glisse-t-il, parce qu'on a la fausse impression de s'être tout dit. "On ne peut dire que ce qui peut être entendu", renchérit Gilles Marx, psychiatre au Centre René Huguenin (Saint-Cloud).

En Suisse, précise le Dr Guex, les études de médecine imposent une "formation à la communication", avec à l'appui jeux de rôle, utilisation de la vidéo. Un examen avec un acteur jouant le patient vient la valider.

AFPSource AFP
modifié le 08/11/2010