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L'hôpital public en chasse contre les opérations de chirurgie inutiles

 

Ma santé

 

Les chirurgiens feraient-ils trop usage du bistouri ? L'hôpital public souhaite lancer la chasse aux opérations jugées "inutiles" face au déficit de la Sécurité sociale.

 

Des infirmières de bloc préparent une salle opératoire avant une intervention chirurgicale à l'hôpital de La Timone à Marseille, le 30 octobre 2002.

Source photo : Gerard Julien [AFP/Archives]


La Fédération hospitalière de France (FHF), qui regroupe les responsables du secteur public hospitalier, a lancé un groupe de travail pour lutter contre les opérations de chirurgie "inutiles", qui rendra ses propositions en novembre.

"Tout concourt à augmenter le volume, à +pousser l'indication+", regrette le président de la FHF, cardiologue et député UMP, Jean Leonetti, dans un entretien à l'AFP.

"Les médecins sont rémunérés à l'acte dans le privé. Dans le public, ils sont soumis à la règle de tarification à l'activité et le système de santé veut que pour avoir le même budget, il faut augmenter son volume d'activité de 1,7% par an", explique-t-il.

"C'est facile de dire que le privé dérive car on est payé à l'acte", a rétorqué Lamine Gharbi, de la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP).

"Sur la pratique médicale, il n'y a pas de polémique public-privé. Dans le Languedoc-Roussillon, il y a eu une étude sur les appendicectomies: dans le privé et le public, il y a des bons et mauvais élèves", assure-t-il, soulignant que la FHP mène une réflexion sur les actes inutiles de son côté.

Une opération est considéré "inutile" par la FHF quand elle n'est pas justifiée par des raisons strictement médicales ou qu'elle ne s'impose pas ou plus (nouvelles techniques, diagnostics trop rapides, etc.).

"Si on met dix fois plus de +yoyos+, ces petits drains, dans les tympans à tel endroit plutôt que dans le reste de la France, il y a plusieurs solutions. Soit les enfants français sont mal soignés, soit on en met trop à tel endroit, soit il y a une déviation de la pratique", explique M. Leonetti.

Autre exemple, les opérations de cataractes ou les césariennes, dont les chiffres peuvent doubler selon le territoire concerné.

Ainsi, selon la FHF, la dilatation des artères coronaires est cinq fois plus pratiquée dans certains endroits de Provence-Alpes-Côte d'Azur qu'en Pays-de-Loire. Des statistiques qui résistent à une pondération avec l'âge des populations.

"La raison principale pour expliquer ces disparités et certains actes inutiles, c'est l'habitude de la pratique: +On m'a appris comme ça+ ou +On a toujours fait comme ça+", affirme le député. "Ce n'est pas par plaisir ou par goût du lucre. Les considérations économiques peuvent aussi jouer un rôle, mais elles sont un des éléments, et pas l'élément déterminant."

Ainsi, "entre 5% et 10%" des opérations chirurgicales seraient superflus, selon M. Leonetti.

Mais pour Dr Philippe Cuq, président de l'Union des chirurgiens de France, "aucune étude ne peut appuyer ces chiffres".

"Ces disparités peuvent s'expliquer par la répartition des médecins sur le territoire. Plus il y en a, plus il y a de soins", analyse-t-il.

La FHF laisse à la Haute autorité de santé (HAS) et aux "sociétés savantes" de médecins le soin d'évaluer les chiffres de la bonne pratique.

Les 30.000 chirurgiens ou apparentés de France qui ne seront pas "entre les lignes" fixées par la HAS pourraient faire l'objet d'"audits par leurs pairs", "avec des contrôles de pratique des équipes, pour qu'elles rectifient le tir", a précisé M. Leonetti.

Ensuite viendrait les sanctions. "Si vous avez été évalué et que votre évaluation qualitative est bonne, vous obtenez des financements", propose le président de la FHF.

"Il faut faire émerger des indices de qualité. Pour augmenter les financement, ne faites pas plus, faites mieux. Je préfère que l'on frappe au portefeuille sur des indices de qualité plutôt que de quantités", propose-t-il, allant jusqu'à évoquer le non remboursement de certains actes là où les abus se poursuivent.

AFPSource AFP
modifié le 13/08/2010