L'Igas remet samedi au ministre de la Santé son rapport sur le Mediator
Le système du médicament a-t-il failli dans l'affaire du Mediator ? Deux mois après s'être vu confier cette enquête par le ministre de la Santé Xavier Bertrand, l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) lui remet samedi son rapport, rendu public dans la foulée.

Source photo : Fred Tanneau [AFP/Archives]
"Je veux tout savoir de ce qui s’est passé depuis la mise sur le marché du Mediator en 1976", déclarait le ministre fin décembre.
"Je veux comprendre pourquoi, malgré certaines mises en garde, malgré une parenté chimique avec des molécules interdites, ce médicament est resté sur le marché pendant trente-trois ans", avait-il précisé.
L'antidiabétique du laboratoire Servier, largement détourné comme coupe-faim, a été retiré du marché français en novembre 2009.
A peine arrivé au gouvernement, le ministre était monté en première ligne le 16 novembre dernier, après que l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) avait admis le chiffre d'"au moins 500 décès" attribuables au Mediator, passant sous silence une autre fourchette (1.000 à 2.000 morts) révélée par la suite par la presse.
Le ministre avait alors confié à l'Igas le soin d'établir s'il y a eu des dysfonctionnements dans le système de surveillance du médicament, la pharmacovigilance, et de lui faire des propositions pour l'améliorer.
Dès le 20 décembre, il faisait état de "fortes présomptions de défaillances graves dans le fonctionnement de notre système du médicament dans cette affaire".
Mais la presse n'a pas attendu les conclusions de l'Igas et a très vite mené sa propre enquête, déterrant des documents embarrassants pour les agences sanitaires, mais aussi pour les responsables politiques.
Depuis plusieurs mois déjà, des voix s'étaient élevées pour dénoncer le retard mis par les autorités sanitaires à retirer du marché un médicament suspecté de provoquer de graves atteintes cardiaques : celle de la revue médicale indépendante Prescrire, ou encore de la pneumologue brestoise Irène Frachon.
Ces dernières semaines, les révélations se sont multipliées, faisant remonter à 1998 les premières alertes sur les dangers du Mediator.
Le 5 janvier, le ministre de la Santé s'est prononcé pour un renforcement de la pharmacovigilance et un raccourcissement des délais entre les premiers signaux d'alerte et la décision de retrait du marché.
L'Afssaps est clairement dans le collimateur.
Son directeur général Jean Marimbert a d'ailleurs annoncé mercredi son départ prochain "dans le contexte d'une crise sans précédent, celle du Mediator", et s'est prononcé pour "une rénovation sans complaisance" de cet organisme public.
Les révélations de la presse ont aussi mis en cause plusieurs responsables successifs de la Santé, les socialistes Bernard Kouchner et Martine Aubry, mais aussi Xavier Bertrand (UMP), déjà en charge de la Santé de 2004 à 2007.
Elles ont en particulier posé la question des liens entre le laboratoire Servier, les experts et les responsables politiques.
"Je n'hésiterai pas une seconde à prendre les mesures les plus radicales, de façon à redonner davantage de confiance dans notre système du médicament", a promis M. Bertrand le 5 janvier. Mardi, devant les députés, il a souligné qu'il fallait aller "beaucoup plus loin" sur la question des conflits d'intérêt.
Le rapport de l'Igas ne sera pas l'épilogue de cette affaire, puisque deux missions d'information ont été mises en place à l'Assemblée nationale, présidée par le député PS et cardiologue Gérard Bapt, très investi dans ce dossier, et au Sénat.
Surtout, le volet judiciaire vient tout juste de s'ouvrir.
![]() | Source AFP modifié le 13/01/2011 |













