L'immersion glaçante d'Arte dans un "service fermé" de l'hôpital psychiatrique Sainte-Anne
Injections, contentions, électrochocs: l'immersion glaçante d'Arte dans un "service fermé" de l'Hôpital psychiatrique Sainte Anne à Paris (diffusion le 7 mai, 22h55) jette une lumière crue sur des pratiques que l'on croyait abandonnées.

Source photo : Joel Saget [AFP/Archives]
Pour Ilan Klipper, auteur du documentaire de 1h28mn réalisé en plans fixes pour l'émission "Grand format", "le but était de montrer la réalité au plus près. Je ne fais pas du pédagogique, déclare-t-il à l'AFP, mais du direct".
Le réalisateur a campé sa caméra pendant trois mois au Pavillon Magnan, dirigé par le Professeur Gérard Massé. Un "service fermé" pour malades souvent agités, dangereux pour eux-mêmes, et où l'on soigne maniaco-dépressifs, schizophrènes ou mélancoliques.
Autrement dit, un service difficile. Les scènes de contention, ultime recours pour maintenir un patient insuffisamment "sédaté", y sont fréquentes. "On va vous rattacher avec des piqûres aux fesses, tonne un infirmier. Et ce ne sera pas pour demain!".
Une maîtrise qui, aux yeux du spectateur, semble justifiée face à certains patients très agressifs, mais passe moins facilement pour d'autres.
Fallait-il vraiment attacher cette jeune fille, sans injection, qui avait glissé un pantalon sous son pyjama, parce qu'elle voulait fumer une cigarette dehors ? "Pour moi, la ceinture de contention sans injection préalable, c'est de la torture", confiait jeudi une infirmière de Sainte-Anne.
Pour Ilan Klipper, "les équipes médicales, faute d'effectifs et de moyens, sont débordées. Depuis 1994, les infirmiers psychiatriques ne bénéficient plus d'une formation spécifique. L'environnement et les conditions de travail des équipes se sont dégradés. C'est le tout-médical qui prime: l'individu n'est plus considéré comme un sujet, mais comme un objet".
De ces explications "pédagogiques", il n'est guère question dans son film, dont certaines scènes évoquent carrément "Vol au-dessous d'un nid de coucou" du cinéaste Milos Forman, tourné il y a 35 ans.
Certains médecins s'emportent contre les équipes soignantes, qui se divisent à leur tour. Tancent les patients. La tension verbale y est continue.
Si quelques soignants témoignent d'une grande humanité, la manière forte domine. Est-ce le fait du film, au risque de la caricature ? Ou bien le l'angoissant lot commun de tous les services fermés en institution psychiatrique?
![]() | Source AFP modifié le 11/05/2010 |













