Accueil > Mag Santé > Enfants et Adolescents > L'unité médico-judiciaire, lieu d'accouchement de la parole des mineurs victimes

L'unité médico-judiciaire, lieu d'accouchement de la parole des mineurs victimes

 

Enfants et Adolescents

 

Les Unités médico-judiciaires (UMJ), où sont menées dans des conditions optimales les auditions d'enfants victimes de violences, sont un formidable outil d'accouchement de la parole, témoignent enquêteurs et magistrats, qui déplorent leur rareté en France.

 

Une peluche peut être utilisée pour expliquer les gestes lors de l'examen médical et détendre l'atmosphère

Source photo : Mychele Daniau [AFP/Archives]


Ce jour-là à l'UMJ de Bourg-en-Bresse, petit local au rez-de-chaussée de l'hôpital, arrive un garçon de dix ans qui accuse son grand-père d'attouchements sexuels.

Avant de le confier au gendarme en charge de l'audition demandée par le parquet, les éducatrices spécialisées Danielle Chival et Anne Débias lui expliquent, dans leur bureau décoré de dessins d'enfants, que l'audition va être filmée afin de lui éviter de répéter son récit au long de la procédure.

"Les gendarmes mènent une enquête parce que les adultes se font du souci pour toi. Tu vas essayer de mettre les choses en mots, de dire ce qui s'est passé", dit Danielle Chival à l'enfant, inquiet à l'idée que son grand-père aille en prison.

"Après, tu retourneras à ta vie de petit garçon. La suite, ce sont les adultes qui s'en occupent", ajoute Anne Débias.

Quand il se sent prêt, elle le conduit dans la salle d'audition attenante, remplie de jouets, notamment de poupées destinées à aider les mineurs à s'exprimer.

L'éducatrice de l'UMJ de l'Ain, qui a reçu plus de 260 enfants l'an dernier, lui montre au passage la caméra et la vitre sans tain derrière laquelle l'enquêteur chargé du dossier suit l'audition.

Le gendarme laissé en tête-à-tête avec l'enfant est spécialisé dans les auditions de mineurs. Il évoque avec lui sa rentrée en sixième, avant de l'interroger sur les actes reprochés à son grand-père.

Comme le petit garçon répugne à désigner la zone de son corps touchée, il lui tend une feuille. "Je n'ai pas le droit de le dire à ta place. Il faut que tu le dises. Ou tu préfères l'écrire?", dit le gendarme à l'enfant qui écrit finalement "zizi".

"Le but, à l'origine, des UMJ, c'était d'éviter de faire répéter l'enfant", avec une audition unique, insiste Sophie Taupin, substitut du procureur de Bourg-en-Bresse, qui a oeuvré à la création de l'UMJ de l'Ain fin 2006.

Danielle Chival souligne, quant à elle, l'importance de pouvoir réaliser dans un même lieu l'audition et les examens médicaux, mais aussi le suivi de l'enfant, qui peut être hospitalisé en pédiatrie ou placé en famille d'accueil.

"L'UMJ, c'est un lieu qui donne toutes les garanties du bon recueil de la parole de l'enfant", souligne le procureur général de Lyon, Jean-Olivier Viout, qui a présidé la commission Outreau, consacrée aux dysfonctionnements judiciaires dans cette affaire de pédophilie partie d'accusations d'enfants.

Le rapport de la commission, rendu en 2005, vantait déjà les mérites de ces petites structures essaimées à partir des années 1990, où interviennent psychologues et éducateurs, dans un univers plus rassurant que le commissariat.

Mais les UMJ, moins de 70 en France, restent absentes de grandes villes comme Lyon. Si la Chancellerie s'enthousiasme pour ce dispositif, elle ne paie que les examens médicaux réalisés dans les UMJ, comme les prélèvements en cas de viols. Et le financement des unités dépend des collectivités locales, souvent les conseils généraux comme à Bourg-en-Bresse, ou plus surprenant, d'associations.

"L'idéal serait que les services publics financent les UMJ", estime M. Viout, qui, en attendant une harmonisation du dispositif au niveau national, tente de convaincre le conseil général du Rhône de financer une unité à Villefranche-sur-Saône, avant Lyon, sur le modèle de Bourg-en-Bresse.

AFPSource AFP
modifié le 17/06/2010