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La chasse aux moustiques et aux bactéries s'organise par satellite

 

Ma santé

 

La détection de moustiques et de bactéries vecteurs de maladies comme le paludisme ou des gastro-entérites, le suivi d'épidémies, se font désormais dans les zones les plus reculées grâce à l'observation par satellites, la télé-épidémiologie, indiquent les responsables du centre national d'études spatiales (CNES).

 

Un moustique Anaopheles gambiae, en novembre 2006 à Villemomble (Seine-saint-denis)

Source photo : Christian Puygrenier [AFP/Archives]


L'espace et ses multiples applications - météorologie, étude des océans, analyse de la végétation... - permet de déterminer quand une espèce dangereuse risque de proliférer, explique à l'AFP Murielle Lafaye, responsable du programme télé-épidémiologie du Cnes à l'occasion du salon Toulouse Space Show (8 au 11 juin).

Tout commence sur le terrain avec un entomologiste ou un biologiste qui définit les éléments annonciateurs d'une possible prolifération de ces insectes ou de ces virus vecteurs d'affections parfois mortelles.

Ainsi, pour les moustiques, on recherche quelle espèce est endémique dans une zone donnée, dans quel type de mare elle pond ses oeufs, les conditions de pluviosité propices aux larves...

Ces éléments sont inclus dans des modèles, et en fonction des précipitations, des périodes de sécheresse, des conditions climatiques favorisant l'éclosion des larves, de la turbidité des mares, observées par satellite, il est possible de prévenir les autorités sanitaires pour qu'elles renforcent la surveillance, fournissent des vaccins ou des moustiquaires.

Déjà, la co-responsable du programme de télé-épidémiologie, Cécile Vignolles, produit des cartes prévisionnelles des risques au Sénégal pour la fièvre de la vallée du Rift, transmise par les moustiques aux ovins et jeunes bovins. Les bergers savent alors où parquer les animaux la nuit pour minimiser les risques.

L'armée française, appelée à se déployer en zones tropicales, a fait appel pour ses cantonnements aux services du Cnes en télé-épidémiologie afin de déterminer les quartiers urbains les moins risqués pour le paludisme au Sénégal, grâce à une cartographie de la végétation, du bâti, etc.

Les bactéries transmettant des maladies aux coquillages, et par leur consommation à l'homme, sont détectées quant à elles grâce à la présence du zooplancton, dont elles consomment la chlorophylle. Dans une zone d'aquaculture, les satellites permettent de suivre le développement du zooplancton, le taux de salinité ou la température de l'eau... et donnent aux biologistes le moyen de donner l'alerte si les conditions se prêtent à la prolifération des bactéries.

Le suivi d'une épidémie comme celle de la grippe aviaire, relate encore Murielle Lafaye, a largement profité des satellites: ils permettent de connaître les routes migratoires des oiseaux, de prévoir avec les ornithologues leurs changements en cas de vague de froid, de savoir s'il existe des élevages près des zones de repos...

Les spécialistes du Cnes utilisent toute une batterie de satellites d'observation (Spot 5, Quickbird...), de satellites radar (Envisat), ou encore du TRMM (tropical rainfall measuring mission) pour les mesures de pluviosité.

Ils permettent de constater l'évolution du climat et de prendre des mesures avant que "les maladies cantonnées dans les zones tropicales n'arrivent. Les vecteurs se déplacent, colonisent des régions où ils n'étaient pas", souligne Murielle Lafaye. Ainsi, en région PACA, un vecteur potentiel du virus de la chikungunya a été récemment décelé.

La télé-épidémiologie, en surveillant tous les facteurs de risque, peut aider dans ces cas-là à "définir une stratégie d'adaptation face à un risque d'épidémie là où l'on ne s'y attend pas", note-t-elle.

AFPSource AFP
modifié le 11/06/2010