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La guerre de chiffres entre hôpitaux et cliniques décryptée

 

Ma santé

 

L'hôpital public et les cliniques privées se livrent depuis quelques jours à une guerre des mots et de chiffres, un peu déroutante pour les patients.

 

Un panneau signalant l'entrée d'un hôpital

Source photo : François Nascimbeni [AFP/Archives]


Q: Comment s'explique l'âpre rivalité entre public et privé dans le système hospitalier français ?

R: La France dispose d'un secteur hospitalier public puissant et d'un des plus grands secteurs privés lucratifs du monde occidental, avec 20% des lits, contre 15% aux Etats-Unis où l'on dénombre beaucoup d'hôpitaux à but non lucratif.

Chacun des deux secteurs en France a une légitimité historique. L'hôpital public a été dynamisé par la loi Debré de 1958 qui a créé les centres hospitaliers universitaires (CHU) et une médecine strictement hospitalière, dissociant ainsi l'exercice public de l'exercice privé.

D'hospices pour indigents avant la seconde guerre mondiale, les hôpitaux sont devenus des centres d'excellence au niveau des soins et de la recherche, pour les plus grands d'entre eux.

Parallèlement après la guerre il y a eu un boom des cliniques: 60 ouvertures par an entre 1946 et 1962. Depuis beaucoup ont fermé leurs portes.

Après la guerre, les syndicats ont demandé que leurs membres puissent avoir accès aux cliniques grâce à l'assurance maladie. "Curieusement, historiquement les cliniques ont été défendues par l'assurance maladie et les hôpitaux publics par la classe politique, de droite ou de gauche, puisque le maire était président du Conseil d'administration", explique l'expert du monde de la santé Jean de Kervasdoué.

Q: Quel est le rapport de forces actuel ?

R: Le secteur public compte 983 établissements, dont 31 de grande taille (Centres hospitaliers universitaires (CHU) et régionaux (CHR)), 511 de taille moyenne (CH) et 334 établissements locaux de petite taille, selon la DREES (chiffres de 2010). 107 établissements, dont 90 pour la psychiatrie sont comptabilisés à part.

La Fédération de l'hospitalisation privée (FHP, secteur lucratif)) revendique 587 cliniques pour la médecine, la chirurgie et l'obstétrique et 1.100 établissements au total.

Chaque secteur a ses points forts: la médecine et l'obstétrique pour les hôpitaux, la chirurgie (sauf les greffes réservées aux CHU) pour les cliniques.

Q: Que se reprochent les deux secteurs ?

R: Le public accuse le privé de vouloir une part des crédits d'Etat pour des missions de service public (les MIGAC) alors que, selon la Fédération hospitalière de France (FHF), le privé se limite aux actes les plus rentables.

Le privé, en retour, accuse l'hôpital public de gabegie et de coûter cher à l'assurance maladie, alors qu'on peut, à son exemple, soigner pour moins cher. Ainsi une prothèse de hanche coûte à la Sécu 6.457 euros à l'hôpital, et 5.492 euros en clinique, l'ablation d'un sein pour tumeur maligne 4.807 euros contre 2.587.

C'est pourquoi la FHP réclame d'aller plus vite vers la convergence tarifaire déjà entamée.

Q: Que valent ces comparaisons ?

R: Le public fait valoir qu'il est parfois plus cher à cause de ses contraintes de service public qui prend tout le monde en charge. Pour la campagne tarifaire 2012 la FHF a demandé que soient pris en compte les actes du privé qui sont plus chers que ceux du public et en a recensé 239.

Q: Qui a raison, qui a tort ?

R: "Je crois que dans le combat de chiffres, tous les deux ont raison", estime M. de Kervasdoué. "Selon les hôpitaux les chirurgiens des cliniques ont le bistouri facile, ce qui est vraisemblable, tandis que les cliniques disent que les hôpitaux sont inefficaces, ce qui est en partie vrai, des tas de chiffres le montrent".

AFPSource AFP
modifié le 29/01/2012