La mère d'un schizophrène traduite en justice par ses voisins inquiets
La cour d'appel de Paris a examiné vendredi un très délicat trouble de voisinage, avec d'un côté une vieille dame démunie s'occupant seule de son fils schizophrène de 36 ans, de l'autre des voisins qui se plaignent du comportement violent du malade.

Source photo : Joel Robine [AFP/archives]
En première instance, cette femme de 79 ans et son fils ont été condamnés à payer 8.000 euros de dommages et intérêts au propriétaire de l'immeuble voisin du leur, à titre de dédommagement pour l'installation d'une caméra de vidéosurveillance et d'un "filet anti-pigeons" dans la cour.
Au fil des ans et des crises, les locataires de l'immeuble voisin se sont en effet plaints de jets de projectiles depuis l'appartement de la vieille dame, tapage, insultes, menaces, feu de paillasson...
"Quand on connaît l'actualité avec des schizophrènes, on comprend que les gens aient peur", a dit à l'audience devant la 2e chambre civile de la cour d'appel une des avocates du propriétaire, Me Alexia Léveillé-Nizerolle.
"La maladie est au coeur de cette affaire", a de son côté plaidé Me Ariane Zimra, en demandant à la cour de ne pas condamner la vieille dame, sans autres ressources que sa petite retraite de femme de ménage et l'allocation handicapé de son fils.
Le jeune homme est suivi par un psychiatre, mais les médicaments n'empêchent pas totalement les crises. Il est fréquemment hospitalisé, parfois à la demande de sa mère, mais n'a pas trouvé de structure en mesure de l'héberger et de lui procurer un travail adapté.
Originaire d'Espagne, d'où elle est arrivée à la fin des années 50, la vieille dame expliquait avant l'audience qu'elle avait économisé sou à sou pour acheter son petit appartement, tout en élevant seule son fils. "Où allons-nous aller si je n'ai plus cet appartement, sous les ponts?" demandait-elle.
"Quelle que soit la décision que nous prendrons, ce ne sera pas contre vous, il ne faudra pas le vivre comme un manquement à vos obligations de mère", lui a dit la présidente, Anne Boulanger, après avoir demandé à la vieille dame, sourde d'oreille, de s'approcher.
"Vous êtes dans une situation très difficile", a-t-elle ajouté, "mais nous sommes aussi tenus d'appliquer des règles de droit".
La cour rendra sa décision le 30 juin.
![]() | Source AFP modifié le 24/05/2010 |













