"La santé se meurt" en Catalogne: le cri d'alarme des médecins en grève
"La santé se meurt" en Catalogne, dénonce Javier Leonardi, un chirurgien venu manifester mercredi à Barcelone, aux côtés de plusieurs centaines de médecins en grève, de malades et de retraités, contre les coupes budgétaires dans cette région d'Espagne.

Source photo : Josep Lago [AFP]
Une habitante de Bellvitge, près de Barcelone, proteste contre les coupes dans les dépenses de santé liées à l'austérité en Espagne le 16 novembre 2011

Source photo : Josep Lago [AFP]
Comme lui, quelque 600 médecins se sont regroupés devant le ministère régional de la Santé, faisant symboliquement exploser des pétards au milieu d'un faux champ de mines pour fustiger le "minage de la santé".
"Je manifeste avec les médecins parce que, maintenant, on sent les effets de ces coupes", s'insurge Hortensia Clemente, 59 ans, "dont 57 sous traitement pour des problèmes respiratoires".
Obligée de porter un masque à oxygène la nuit, elle dit parler au nom des "malades chroniques qui souffrent le plus de tout ça".
Toutes les semaines, Antonio Moreno Navarro, 65 ans, qui souffre d'un cancer de la vessie, rejoint les manifestants. Il porte une pancarte, adressée à Artur Mas, le président du gouvernement régional: "M. Mas, je veux vivre, ne raccourcissez pas ma vie".
Il raconte qu'en juin, il devait subir une opération. "J'étais presque dans le bloc opératoire quand on m'a renvoyé chez moi parce qu'il n'y avait pas d'anesthésiste. Ces choses-là arrivent tous les jours".
A l'autre bout de la ville, quelque 700 personnes ont coupé la circulation sur une avenue, provoquant un énorme bouchon. Parmi elles, des personnels de santé et des habitants du quartier de Bellvitge, qui abrite l'un des plus grands hôpitaux de la ville.
Mais aussi une soixantaine de retraités qui occupent depuis le 28 octobre un dispensaire du quartier, décidés à empêcher sa fermeture programmée.
"Nous voulons que les médecins reviennent et que le dispensaire fonctionne normalement, parce que sa fermeture touche beaucoup de gens", témoigne Manuel Albolacid, un Andalou de 75 ans qui a travaillé dans les années 70 en France à la récolte de betteraves, avant de s'installer à Bellvitge.
"Ils ont transféré les médecins à un kilomètre et demi. C'est pour ça que nous sommes tant à manifester", explique Asunción, une retraitée de 67 ans, avant de souffler de toutes ses forces dans son sifflet.
Ils sont 500 "grands-pères et grands-mères", âgés de 60 à 80 ans, à se relayer à l'intérieur du dispensaire dont les murs intérieurs ont été recouverts de pancartes revendicatives, lui donnant des allures de hall universitaire en ébullition.
A la "réception", Miguel Aparicio, 76 ans, enregistre les signatures contre la fermeture de l'établissement. "J'ai environ 3.000 réclamations d'usagers ou de voisins et plus de 100.000 signatures", lance-t-il.
Des pancartes contre la fermeture fleurissent aux balcons des appartements voisins. "Tous les jours, nous défilons dans la ville pour qu'on ne nous oublie pas", rappelle Tudela Peribañez, une grand-mère de 66 ans.
Plus de 16.500 médecins, infirmières et aides soignants étaient appelés à la grève mardi et mercredi en Catalogne, suivie à 70% selon les syndicats et à 20% selon les autorités locales.
Riche région du nord-est du pays, la Catalogne a réduit cette année de 10%, soit un milliard d'euros, son budget de la Santé, afin de lutter contre son déficit public. Celui-ci devrait atteindre 2,66% du PIB fin décembre, le double de l'objectif fixé par le gouvernement espagnol (1,3%).
Depuis le mois de juillet, des services d'urgences ont fermé dans plusieurs hôpitaux, notamment à Barcelone, des lits ont été supprimés et des dispensaires ont réduit leurs activités.
"Sauf exceptions, toutes les interventions non urgentes ou oncologiques sont suspendues sine die", affirme Javier Leonardi.
![]() | Source AFP modifié le 18/11/2011 |













