Le cancer, source d'inégalités sociales
Retravailler après avoir eu un cancer reste difficile et source d'inégalités sociales importantes pour les salariés, qui sont déjà inégaux devant les risques d'exposition aux produits cancérogènes, ont souligné plusieurs chercheurs réunis mardi à Paris.

Source photo : Jacques Demarthon [AFP/Archives]
Alors que la mortalité par cancer en France connaît une baisse, "l'après-cancer est un enjeu d'autant plus important que 350.000 personnes vont rencontrer le cancer en 2010, et que la moitié aura moins de 65 ans", a expliqué Dominique Maraninchi, président de l'Institut national du cancer (Inca), lors d'un colloque sur "Cancer et travail", organisé à Paris.
Or les salariés éprouvent d'importantes difficultés à reprendre un travail après le cancer, une question jusqu'alors mal préparée par les malades eux-mêmes, mais également par les médecins et l'entourage professionnel, ont souligné plusieurs études présentées lors du colloque de l'Inca et l'Association pour la recherche sur le cancer (Arc).
"Le problème est que la réinsertion professionnelle n'est pas du tout anticipée", a expliqué Jean-Pierre Grunfeld, néphrologue, insistant sur la nécessité des "programmes personnalisés de l'après-cancer" (PPAC), dont 35 projets pilotes sont actuellement expérimentés dans 15 régions, avant un déploiement national en 2012.
Selon une enquête de 2004, deux malades du cancer sur 10 avaient perdu leur emploi deux ans après le diagnostic.
Une autre étude, portant sur 402 salariés d'Ile-de-France qui ont eu un cancer, montre aussi que plus de deux ans après le diagnostic, 79% d'entre eux retravaillaient, dont 60% sur leur poste antérieur, plus ou moins adapté.
Mais "20% s'estimaient pénalisés au travail à cause de leur maladie (baisse des responsabilités, refus de promotion, etc.)", et seulement 24% d'entre eux ont bénéficié d'une visite de pré-reprise, destinée justement à anticiper le retour dans l'emploi, a expliqué Bernard Asselain, de l'Institut Curie.
"Il y a souvent un manque de coordination, entre le médecin traitant et le médecin du travail", a regretté Marcel Goldberg (Inserm).
De plus, "la maladie professionnelle n'est guère pensée dans l'organisation du travail", "ni par l'employeur, ni par les collègues", ajoute Anne-Marie Waser, sociologue au Centre d'étude pour l'emploi, évoquant un "échec" des mi-temps thérapeutiques, auquel le salarié fini trop souvent par renoncer, pour ne pas faire porter sa charge de travail sur ses collègues.
"Un retour au travail doit se préparer", d'autant plus pour les personnes plus vulnérables qui sont "aussi les plus touchées" par ces difficultés, souligne M. Grunfeld.
Il explique que "la baisse de revenu associée à un cancer est significative, et elle est encore plus importante chez les hommes qui ont un faible revenu (17%) que chez ceux qui ont un revenu plus élevé (9%)".
De même, les chances de se retrouver dans l'emploi deux ans après un cancer sont plus importantes pour les métiers d'encadrement que d'exécution.
Cette situation se double d'une autre inégalité: le risque de développer un cancer est plus élevé parmi les personnes ayant une position socio-économique défavorisée. Par exemple, les cancers liés à l'amiante, aux solvants ou aux poussières de bois sont plus fréquents parmi les salariés les moins diplômés, qui ont des métiers manuels.
De même, il y a une inégalité entre les travailleurs permanents des entreprises donneurs d'ordre et les travailleurs sous-traitants ou en intérim, a précisé Annie Thébaud-Mony, directeur de recherche à l'Inserm. Ces derniers, qui sont sur des emplois précaires, sont plus exposés aux substance cancérogènes, ont moins accès à la reconnaissance de leur cancer en maladie professionnels, et à la prévention. "La triple peine", analyse Marcel Golberg (Inserm).
![]() | Source AFP modifié le 15/12/2010 |













