Le CHU de Caen, le plus amianté de France, a bien du mal à se dépolluer
Au coeur d'une enquête pour mise en danger de la vie de ses salariés, l'hôpital le plus amianté de France, le CHU de Caen, est embourbé dans des millions d'euros de travaux, qui ont pris du retard.

Source photo : Kenzo Tribouillard [AFP]
Vue prise le 23 avril 2010 du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Caen.

Source photo : Kenzo Tribouillard [AFP]
L'assainissement des trois étages les plus pollués du bâtiment, des locaux techniques, s'avère "plus long" et plus coûteux "que ce qu'on avait esquissé au départ", a indiqué à l'AFP Angel Piquemal, directeur général du CHU de 23 étages qui emploie 6.000 personnes.
Pour assainir ces trois étages, la direction parle désormais de 38,39 millions d'euros sur 2007-2013, dont un tiers déjà dépensé, contre 18 millions d'euros d'investissement sur 2007-2009, annoncés en 2007.
Le désamiantage du niveau 23 devait être bouclé fin 2009, mais la date prévue d'achèvement est désormais fin 2013, a précisé mercredi Marc Jeanne, technicien du CHU, lors d'un point presse.
A cet étage, l'amiante se trouve dans un état comparable à "ces fleurs qu'on trouve dans les champs qui s'envolent de partout dès qu'on souffle dessus", a-t-il précisé.
Une expertise imposée par la loi avait pourtant préconisé en 1997 un désamiantage des trois étages "dans un délai d'un an", selon Michel Parigot, chercheur au CNRS et vice-président de l'Association nationale des victimes de l'amiante (Andeva), qui avait visité, consterné, en 2006 le 23e.
Mais "la contrainte amiante sur le CHU de Caen est plus forte qu'à Jussieu", a souligné M. Piquemal. Le désamiantage de la tour universitaire de 24 étages, plus gros chantier de désamiantage d'Europe, a coûté 7,5 millions d'euros.
Contrairement à Jussieu, le CHU, où 100.000 patients sont hospitalisés chaque année, ne peut être évacué. Le désamiantage est compliqué sur ce site où l'électricité peut difficilement être coupée.
En attendant, le CHU assure "maîtriser le risque". Les salariés qui interviennent en zone à haut risque sont "hyperprotégés", mais seulement depuis 2007, nuance Jacky Rouelle de FO, "avant les équipements étaient très nettement insuffisants".
Une centaine d'employés du CHU, selon la direction, 200 selon FO, sont amenés à intervenir dans ces zones. M. Rouelle estime que plusieurs milliers de personnes ont été exposées à l'amiante du CHU ouvert en 1975.
En dehors des locaux techniques, l'amiante est partout, sols, murs, plafonds, via des enduits, mais elle n'est "pas dangereuse tant qu'on n'y touche pas", selon M. Piquemal.
A chaque fois que le CHU fait des travaux il met en place le confinement adéquat - un surcoût de 20% à 30%.
Cette "maîtrise" laisse toutefois sceptique Michel Parigot qui est aussi président du comité antiamiante Jussieu.
"Le principe du +on ne touche pas+ est extrêmement difficile à tenir dans le temps", estime-t-il, regrettant que le contrôle de l'air ne soit pas réalisé par un organisme indépendant.
Le désamiantage total du bâtiment est prévu mais il n'est plus chiffré. La direction attend de savoir si l'Etat lui donne les moyens de reconstruire (700 millions d'euros) ou si le CHU doit être rénové (ce qui serait encore plus cher selon elle). Le nouveau bâtiment ouvrirait dans 10 ans.
La direction a recensé 32 maladies professionnelles liées à l'amiante au CHU, dont trois cancers. Mais, rappelle M. Parigot, le cancer de la plèvre, dit cancer de l'amiante, "met 35 à 40 ans" à se déclarer.
Une information judiciaire contre X pour mise en danger délibérée de la vie d'autrui à l'égard des usagers et salariés du CHU a été ouverte en juillet 2009 à Paris.
![]() | Source AFP modifié le 27/04/2010 |













