Le dépistage organisé du cancer du sein en léger recul
Négligence, manque de temps, peur de savoir, préférence pour le dépistage individuel. Quelles qu'en soient les raisons, le dépistage organisé du cancer du sein marque un léger recul, pour la première fois depuis sa généralisation à l'ensemble du pays.

Source photo : Mychele Daniau [AFP/Archives]
"Paris présente un taux très faible, un peu historique, mais avec un dépistage individuel très important (25 à 30%, selon l'INCa)", souligne le Dr Emmanuelle Salines de l'Institut de veille sanitaire (InVS) qui vient de publier un bilan de ce dépistage.
Il existe en effet de fortes disparités régionales, avec des taux de participation supérieurs à 60% (période 2009-2010) en Pays-de-la-Loire, Limousin et Bretagne tandis que Corse, Guyane et Provence-Alpes-Côte d’Azur affichent des taux inférieurs à 45 %. L'Ile-de-France affiche le plus mauvais taux (39,4%), très loin de la référence européenne (70%).
Au niveau départemental, la Haute-Vienne remporte la palme de la participation et Paris celle de la lanterne rouge.
Alors que le taux de participation était en constante augmentation jusqu’en 2009 où il a atteint 52,3 %., l'InVS a fait état d'une "légère diminution" (52%), pour la première fois depuis 2004, cependant que plus de femmes (les 50-74 ans) étaient concernées en raison du vieillissement.
Pour le Dr Jérôme Viguier, responsable du département dépistage à l'Institut national du cancer (INCa), ce phénomène de "plateau" du dépistage, plutôt que de "diminution", s'explique notamment par l'augmentation de la population dans la tranche d'âge des femmes de 70-74 ans, "qui habituellement participent moins au dépistage".
"A ces âges, d'autres problèmes de santé prennent parfois le dessus (hypertension, diabète...) et elles peuvent ne plus se sentir concernées". "Mais, c'est une erreur car on sait guérir du cancer à ces âges", dit-il.
"Il y a probablement aussi la nécessité de remobiliser les généralistes pour qu'ils proposent plus souvent ce dépistage organisé", ajoute le Dr Viguier.
Depuis 2004, près de 15 millions de dépistages ont été effectués.
Parmi les "freins", selon l'INCa : le manque de temps, la "peur de savoir ou du résultat", le manque de moyens, alors qu'il n'y a pas d'avance de frais à faire. Il y a également des femmes qui, à tort, ne sentent pas concernées parce qu'elles mènent une vie saine, ne ressentent pas de symptômes (boule, grosseur). D'autres arguent qu'elles sont déjà suivies par un gynécologue et ne voient pas l'intérêt d'entrer dans un dispositif de masse.
Pourtant, détecté tôt, ce cancer peut être traiter efficacement avec une survie à 5 ans du diagnostic dépassant 80%, relève-t-il.
"Le dépistage organisé offre une qualité et une sécurité supérieures au dépistage individuel", souligne le Dr Viguier : gratuit, il est réalisé dans des centres agréés par des radiologues spécialement formés, avec une double lecture de la mammographie, ce qui réduit les risques d'erreur.
Sur la période 2009-2010, neuf millions de femmes de 50 à 74 ans ont été invités à se faire dépister : plus de 4,7 millions d’entre elles en ont bénéficié.
En France, au moins 10% des femmes de 50-74 ans effectuent un dépistage individuel. D'où, un taux de dépistage global d’environ 65%, selon l'InVS.
Avec 52.600 nouveaux cas estimés en 2010 et en France, le cancer du sein est le plus fréquent des cancers chez la femme. Une femme sur 8 à 10 est concernée. Il reste, avec 11.300 décès estimés en 2010, le plus meurtrier des cancers féminins.
![]() | Source AFP modifié le 06/04/2011 |












