Le médicament pendant la grossesse : Dr Jekyll et Mr Hyde
Pendant la grossesse, la femme se voit prescrire en moyenne 11 médicaments différents. Un constat qui alarme les spécialistes de la périnatalité, pourtant convaincus de l'usage bénéfique des médicaments chez la femme enceinte atteinte d'une maladie grave.

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Une femme enceinte souffrant du choléra reçoit des soins à l hôpital Charles Colimon au nord de Port-au-Prince le 28 octobre 2010.

Source photo : Nicholas Kamm [AFP/Archives]
80 à 95% des femmes ont eu au moins une prescription de médicaments pendant leur grossesse. Une récente étude française rapporte que le nombre de principes actifs prescrits pendant ces neuf mois varie de 0 à 76, avec une moyenne de 11 médicaments différents.
"Nous manquons de données scientifiques pour évaluer les effets éventuels sur l'enfant des médicaments pris pendant la grossesse", souligne Danièle Evain-Brion, directrice de la Fondation Premup, qui organise vendredi à Paris ses 4e Assises sur le thème "Pathologies graves et grossesse. Le médicament, un espoir pour les femmes".
Les spécialistes s'accordent pour reconnaître un "réel besoin" des médicaments pour les femmes enceintes qui présentent une pathologie grave : diabète, infection par le VIH, cancer du sein, traitement immunosuppresseur consécutif à une greffe d'organe...
En France, 1.500 à 2.000 enfants naissent ainsi chaque année de mamans séropositives. Grâce aux traitements, le risque de transmission au bébé, autrefois de 1 sur 5, est maintenant presque nul.
Pour autant, "il n'y a pas de médicaments sans effets délétères", souligne Vassilis Tsatsaris (hôpital Cochin - Port-Royal), coordinateur scientifique des Assises.
Les spécialistes déplorent le manque d'évaluation des médicaments pendant la grossesse.
"Il y a un vide de connaissances", souligne le Dr Evain-Brion. Avec pour conséquence pour les médecins un difficile équilibre à trouver pour assurer à la mère un traitement optimal, tout en limitant les risques de conséquences chez l'enfant à naître.
Pour les mères, la situation n'est pas plus simple : "On est responsable de ce qui arrive à quelqu'un d'autre. J'avais peur des effets du traitement, plus que de la transmission du virus", témoigne une maman séropositive.
Ce qui préoccupe surtout les spécialistes, paradoxalement, c'est "la banalisation" de la prise de médicaments qui peuvent sembler anodins, comme des vitamines, et l'importance de l'automédication.
Trop souvent des femmes enceintes sans pathologies ou risques de complications particuliers prennent des médicaments "sans effets bénéfiques démontrés", indique le Dr Tsatsaris, citant par exemple le Spasfon, prescrit contre les contractions.
A l'inverse, des médicaments qui ont montré leur utilité, comme l'acide folique (vitamine B9, en prévention des anomalies de fermeture du tube neural), "ne sont pas prescrits", regrette le gynécologue.
Lorsqu'on aborde le problème du médicament pendant la grossesse, explique le Dr Evain-Brion, "on doit raisonner avec trois acteurs, la femme, son enfant et le placenta". Il joue un rôle fondamental de filtre, métabolise le médicament, et peut lui-même être affecté par ses effets.
Pour les spécialistes, la grande inconnue, ce sont les effets à long terme des médicaments. Les risques d'effets délétères ne se limitent pas à des malformations ou des troubles à la naissance. La nocivité du distilbène, par exemple, prescrit dans les années 50/60, n'est apparue que dans les années 70 chez les enfants des femmes qui en avaient pris. Et il continue à faire parler de lui.
Le Dr Evain-Brion insiste ainsi sur l'importance de la recherche en épigénétique, pour comprendre le rôle des facteurs environnementaux, pendant la vie foetale, sur l'expression des gènes et ses conséquences sur le développement de l'enfant à long terme.
![]() | Source AFP modifié le 25/05/2011 |













