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Le paludisme décime la Birmanie mais déserte la campagne électorale

 

Ma santé

 

Dans un paisible village Kachin de l'extrême-nord birman, un père serre dans ses bras ses deux enfants terrassés par la fièvre. Comme eux, la moitié du village souffre du paludisme, mais à trois semaines des élections, aucun parti n'évoque ce fléau et l'aide internationale fait défaut.

 

Une femme birmane et son enfant atteint de paludisme photographiés le 30 décembre 2006 près de la frontière thaîlandaise

Source photo : Jack Barton [AFP/Archives]


Les médicaments fournis par la Convention baptiste kachin (KBC) sont épuisés depuis 15 jours, explique Tu Raw, 29 ans, dont le nom a été modifié pour des raisons de sécurité.

"Nous attendons parce que n'avons pas assez d'argent" pour aller à l'hôpital le plus proche, dit-il, réduit à frotter vigoureusement le dos de son petit garçon de trois ans pour apaiser la fièvre, laissant sur sa peau des marques semblables à celles d'un fouet.

Jusqu'à 10 millions de personnes sont contaminées chaque année par le paludisme en Birmanie, et sans doute des dizaines de milliers en meurent, selon Frank Smithuis, expert de cette maladie transmise par les moustiques.

Des chiffres qui devraient attirer l'attention des partis politiques, alors que les Birmans sont appelés aux urnes le 7 novembre pour les premières législatives depuis 20 ans. Mais dans un scrutin verrouillé par les militaires, la campagne est réduite à sa plus simple expression.

Rien ou presque sur la détresse des hôpitaux, le paludisme, la tuberculose, la dysenterie, la malnutrition, le sida.

Maung Zarni, chercheur à la London School of Economics, regrette "une absence complète d'espace pour parler sérieusement des problèmes fondamentaux : le problème n'est pas que les gens ne veulent pas parler de ces questions, mais les généraux qui prennent les décisions ne sont pas ouverts à la discussion".

La situation est d'autant plus compliquée dans les zones montagneuses impaludées et dominées par des minorités ethniques, en conflit plus ou moins larvé avec l'armée birmane, et dont des centaines de villages ne pourront pas voter pour des questions de sécurité.

"Il y a beaucoup de gens que l'on n'arrive pas à atteindre et c'est de pire en pire", admet un responsable local de la KBC, relevant que certains ne peuvent même pas s'offrir une moustiquaire.

Un tiers des 50 millions de Birmans vivent en dessous du seuil de pauvreté, et la mortalité des enfants de moins de 5 ans est presque le double de la moyenne mondiale.

La Birmanie devrait pourtant être riche avec ses hydrocarbures, pierres précieuses et autres bois rares. Mais une partie importante de ces revenus est détournée et 80% des dépenses de l'Etat vont dans l'armée et les entreprises publiques. Selon l'ONU, la Birmanie ne dépense ainsi que 0,5% de son budget à la santé.

Et si certains soins sont gratuits, les hôpitaux n'ont plus de stocks. "Environ 70% des soins sont assurés par le secteur privé, de qualité inégale et hors de portée de beaucoup", constate un expert étranger.

Les ONG font le maximum mais "c'est loin d'être suffisant", ajoute l'expert.

Malgré la pénurie de personnel dans les hôpitaux, les ONG n'y ont pas accès. Plus grave, la Birmanie, un des pays les plus pauvres de la planète, est aussi l'un de ceux qui touchent le moins d'aide étrangère, en raison des violations des droits de l'Homme par la junte, et de son isolement sur la scène internationale.

Frank Smithuis, ex-directeur de Médecins sans frontières en Birmanie, rappelle que le pays touche en moyenne 4 dollars d'aide par an et par habitant. Contre 38 au Cambodge, 50 au Laos.

Il en appelle à un afflux majeur de fonds. "Il s'agit en pratique d'un boycott humanitaire pour des raisons purement politiques. C'est un scandale".

AFPSource AFP
modifié le 18/10/2010