Le stress au travail : conséquences pour les salariés et obligations des entreprises
Le stress, un risque psychosocia
Le stress fait partie des risques psychosociaux, au même titre que les violences physiques, les violences psychologiques comme le harcèlement moral et le mal-être au travail.
Quels sont les facteurs de stress au travail ?
Selon une enquête sur les conditions de travail menée en 2005 par le Ministère chargé du Travail :
- 60 % des salariés interrogés estiment devoir fréquemment interrompre une tâche qu'ils sont en train de faire pour en commencer une autre.
- 48 % déclarent travailler dans l'urgence (devoir toujours ou souvent se dépêcher).
- 53 % déclarent que leur rythme de travail est imposé par une demande à satisfaire immédiatement.
- 1 salarié sur 4 travaillant en contact avec du public subit des agressions verbales.
- 42 % déclarent vivre des situations de tension avec le public (parmi les 68 % des salariés en contact avec le public).
Certes, nous ne percevons pas tous le stress de la même façon (perception qui évolue aussi dans le temps pour un même individu), montrant qu'il existe bien une composante personnelle. Mais il est primordial de rechercher un lien possible avec le contexte professionnel.
5 catégories de facteurs de stress au travail ont été identifiées :
- Les facteurs liés à la tâche ou au contenu même du travail à effectuer (charge de travail, monotonie, répétition, manque d'autonomie, précision des tâches, risques...)
- Les facteurs liés à l'organisation du travail (manque de contrôle, missions imprécises, contradictions, horaires inadaptés, instabilité des contrats, etc.).
- Les facteurs liés aux relations de travail (absence de soutien de la part des collègues, des supérieurs hiérarchiques, problème de management, faible reconnaissance du travail accompli...)
- Les facteurs liés à l'environnement physique et technique (nuisances sonores, poste de travail exposant à l'humidité, à la chaleur, manque d'espace, d'éclairage...).
- Les facteurs liés à l'environnement socio-économique de l'entreprise (compétitivité, santé économique de l'entreprise, avenir incertain...).
Parallèlement, certaines conditions rendent ces facteurs de stress encore plus nocifs :
lorsqu'ils durent dans le temps, lorsqu'ils sont subis (absence totale de choix), s'ils sont nombreux et incompatibles entre eux (ex. forte exigence de productivité associée à une faible marge de manoeuvre).
Les conséquences du stress chronique
Si le stress ou « bon stress » est une réaction d'adaptation normale de l'organisme qui permet par exemple une grande implication et une forte motivation, trop de stress (« mauvais stress ») ou plutôt ce que l'on appelle le stress chronique (qui s'installe dans le temps), est toujours délétère pour la santé.
Quels sont les symptômes du stress chronique ?
Les symptômes associés à un stress chronique sont :
- Physiques (douleurs musculaires, maux de tête, troubles du sommeil, de l'appétit, digestifs, sueurs...).
- Émotionnels (nervosité, sensibilité accrue, tristesse, angoisse, excitation...).
- Intellectuels (difficultés de concentration, erreurs, oublis...).
- Comportementaux (troubles alimentaires, agressivité, repli sur soi, recours aux calmants ou aux excitants...).
Quelles sont les maladies liées au stress chronique ?
- Le stress chronique augmente le risque de maladie cardiovasculaire, et notamment le risque d'accident cardiaque (infarctus, accident vasculaire cérébral).
- Il peut se traduire par l'installation d'un syndrome métabolique, association de différents symptômes comme l'obésité abdominale, le diabète, l'hypertension et l'excès de cholestérol.
- Il favorise la dépression et l'anxiété.
- Le stress augmente aussi le risque de souffrir de troubles musculo-squelettiques (tendinite, syndrome du canal carpien...).
- Enfin, le stress pourrait induire bien d'autres problèmes de santé : manque de résistance aux infections, allergies, désordres hormonaux, prématurité, etc.
Salarié malade, entreprise en péril
Selon l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, le stress « survient lorsqu'il y a déséquilibre entre la perception qu'une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu'elle a de ses propres ressources pour y faire face. Bien que le processus d'évaluation des contraintes et des ressources soit d'ordre psychologique, les effets du stress ne sont pas uniquement de nature psychologique. Il affecte également la santé physique, le bien-être et la productivité ».
Autrement dit, le stress a des répercussions négatives sur la santé du travailleur, mais également sur le fonctionnement de l'entreprise.
La gestion du stress est donc une préoccupation pour l'entreprise dès lors qu'il est lié aux conditions de travail (intensification du travail, pressions, exigences de la clientèle...) et que les plaintes de « mal-être » se multiplient, car cela signifie alors l'existence de dysfonctionnements dans l'entreprise.
Le stress coûte cher à l'entreprise
Avec des salariés stressés, la rentabilité de l'entreprise chute : absentéisme, turn over, perte de productivité, accident du travail, baisse de motivation et de créativité, mauvaise ambiance de travail, etc. Il est plus rentable pour les entreprises d'investir dans la prévention du stress.
A noter que si le stress coûte cher à l'entreprise, il coûte aussi beaucoup à la collectivité qui doit notamment supporter les problèmes de santé des salariés et les arrêts maladie. On estime que le stress serait à l'origine de 50 à 60% des journées de travail perdues !
Investir dans la prévention
Il n'existe pas de solution universelle, à chaque entreprise de trouver les solutions qui lui sont propres.
Renforcer la résistance au stress des salariés et prendre en charge les salariés en souffrance, sont des actions possibles mais la démarche de prévention collective est plus efficace dans le temps car elle vise à réduire le stress à sa source en agissant sur l'organisation, les conditions de travail et les relations sociales.
La première étape de la prévention collective consiste à établir un pré-diagnostic des facteurs de stress en utilisant certains indicateurs (temps de travail, mouvements du personnel, nombre de cas et type de maladies professionnelles, plaintes pour harcèlement moral, violences verbales...). Ensuite, il faut constituer un groupe projet représentatif des salariés et impliquant les représentants du personnel. Un diagnostic approfondi est alors indispensable (observations, indicateurs de santé, entretiens individuels, questionnaires...).
La neutralité du diagnostic impose de recourir à un intervenant extérieur. Le plan d'action sera ensuite arbitré et décidé par la direction : adaptation du travail, organisation du travail, définition claire des rôles et des responsabilités, possibilités de participer aux décisions, amélioration de la communication interne et des échanges, etc. Un suivi et des réajustements permettront de pérenniser les démarches réalisées contre le stress.
Dans tous les cas, il est conseillé de se faire accompagner et aider par des intervenants extérieurs, apportant des compétences particulières et garantissant l'impartialité : médecin du travail, intervenant en prévention des risques professionnels (spécialiste en ergonomie, en organisation du travail...), personnels des services de prévention des caisses régionales d'Assurance Maladie, chargés de mission des Agence régionales d'amélioration des conditions de travail, consultants privés spécialisés...
Les obligations de l'employeur
L'employeur a pour obligation depuis 1991 d'assurer la santé physique et mentale de ses salariés.
Il existe par ailleurs, depuis octobre 2004, un accord cadre européen sur le stress au travail. Enfin, l'accord national interprofessionnel du 2 juillet 2008 sur le stress au travail a transposé cet accord qui s'impose désormais à tous les employeurs. Afin d'accélérer l'application de cet accord, le Ministre du Travail, Xavier Darcos, a demandé à toutes les entreprises de plus de 1.000 salariés d'engager des négociations sur la prévention du stress au travail avant le 1er février 2010.
Quant aux petites et moyennes entreprises (PME) et aux très petites entreprises (TPE), le Ministre souhaite la mise en place d'actions d'information, d'outils de diagnostic et d'indicateurs d'action.

Auteur : Dr Philippe Presles
Sources :
Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS),
« Prévention des risques psychosociaux au travail »,
Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, semaine européenne 2002,
Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (ANACT)
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