Les Américains de plus en plus accros aux antidépresseurs
Les Américains, dès l'âge de 12 ans, sont de plus en plus accros aux antidépresseurs et en consomment aujourd'hui cinq fois plus qu'il y a 20 ans, révèle une étude des autorités sanitaires américaines publiée mercredi.

Source photo : Stephen Chernin [AFP/Archives]
Les antidépresseurs constituent la troisième classe de médicaments la plus prescrite à tous les âges et même la première chez les Américains de 18 à 44 ans, précisent les auteurs du rapport publié par les Centres fédéraux de contrôle et de prévention des maladies (CDC).
Un tiers environ des Américains âgés de 12 ans et plus et ayant des "symptômes dépressifs graves" sont traités avec des antidépresseurs, indiquent-ils.
Cette donnée suggère que les deux tiers des Américains souffrant de dépression grave ne sont pas traités avec des antidépresseurs, soulignent-ils, relevant aussi que plus de 8% de ceux qui prennent ces médicaments n'ont pas de symptôme dépressif.
Ce dernier groupe "pourrait comprendre des sujets prenant des antidépresseurs pour d'autres raisons ou dont les symptômes dépressifs ont disparu", notent les chercheurs qui s'appuient sur des statistiques allant de 2005 à 2008 comparées à des données issues de la période 1988-1994.
Les chercheurs ont également constaté que les femmes sont deux fois et demi plus nombreuses que les hommes à prendre des antidépresseurs. Ainsi, 23% des Américaines de 40 à 59 ans prennent ces médicaments, la plus forte proportion de tous les groupes.
Environ 14% des Américains souffrant d'un état dépressif prennent leur médicament pendant dix ans ou davantage, et moins d'un tiers des personnes traitées avec un seul antidépresseur n'avaient pas vu un médecin au cours des douze derniers mois.
Les Blancs aux Etats-Unis recourent plus aux antidépresseurs que les autres groupes raciaux ou ethniques et les plus de 40 ans en prennent plus que les 12-39 ans, indiquent ces statistiques qui confirment des tendances déjà révélées dans d'autres études.
Riches ou pauvres, il n'y a aucune différence dans la prise d'antidépresseurs, souligne le rapport.
Selon le Dr Matthew Rudorfer, directeur adjoint de la recherche à l'Institut national américain de la santé mentale (NIMH), le fort accroissement du recours aux antidépresseurs aux Etats-Unis s'explique entre autres par le fait que la nouvelle génération de ces médicaments est perçue comme étant généralement sans risque et bien tolérée.
Toutefois, souligne-t-il, le rapport des CDC, qui s'appuie sur les réponses à un questionnaire soumis à près de 14.000 personnes, ne permet pas nécessairement de déterminer toute la gravité des dépressions.
Cette recherche n'a effectivement pas évalué le degré d'incapacité des sujets à vivre normalement, explique-t-il à l'AFP. C'est la raison pour laquelle les CDC n'utilisent pas les termes de "dépression majeure ou clinique", poursuit-il.
Il est estimé qu'un Américain sur six souffre d'une dépression "majeure" ou "clinique" à un moment de sa vie, précise le Dr Rudorfer.
Une telle dépression, la plus grave, engendre un ensemble de symptômes pendant plusieurs semaines qui empêchent le malade, qui reste souvent alité, de vivre normalement.
Ainsi, "les symptômes dépressifs sévères cités par le rapport des CDC ne sont pas synonymes de dépression clinique", insiste-t-il.
"Une personne traversant une période difficile de sa vie peut aisément montrer des symptômes dépressifs aigus tels que ceux décrits par les CDC mais a besoin dans ce cas davantage de psychothérapie que d'antidépresseurs", note ce psychiatre.
![]() | Source AFP modifié le 24/10/2011 |













