Les déçus du tatouage passent au laser pour effacer les traces du passé
"J'avais 18 ans, je venais d'avoir mon bac, j'ai fait une grosse bêtise que je regrette": Alice a décidé de faire enlever au laser le dauphin tatoué sur son omoplate, un processus long, cher et douloureux qui rassemble de plus en plus de déçus du tatouage.

Source photo : Franck Fife [AFP/Archives]
Un homme tatoué tient un barreau, le 31 octobre 2002 à Seysses près de Toulouse, dans une maison d'arrêt

Source photo : Eric Cabanis [AFP/Archives]
Rejet d'une période obscure de sa vie (rupture sentimentale, prison, armée), pression sociale ou familiale, raisons professionnelles, regrets (un tatouage mal fait, un maquillage permanent devenu trop envahissant): les motivations sont multiples.
Les techniques de chirurgie de la peau grâce au laser existent depuis 20 ans et évoluent sans cesse. Celle du détatouage consiste en de brefs et puissants tirs de laser qui font exploser les pigments sur la peau.
De l'avis d'un tatoueur, elle va "exploser". "D'ici cinq ans, car le tatouage est à la mode, surtout chez les jeunes, et ils vont se réveiller", dit "DelPiero", propriétaire d'une boutique de tatouage au Mans.
Pour le Dr Caroline Bitoun, médecin lasériste dans un centre parisien, les séances de laser pour un détatouage sont de plus en nombreuses "depuis six mois, un an".
Alice, 30 ans, a longtemps attendu avant de passer à l'acte. "Au bout de 3-4 ans, je m'étais déjà lassée de mon tatouage mais j'ai essayé de l'assumer. Finalement, il a beau être petit ce dauphin, il était quand même là", explique-t-elle.
Le prix d'une séance - de 150 à 450 euros en moyenne - varie selon le nombre de tirs propulsés. Plus le tatouage est grand et "encré", plus il faut de séances, toutes espacées de cinq à huit semaines.
"Je conseille au patient d'être motivé car c'est cher, long et pas remboursé. La récompense, c'est que tous sont contents à la fin", précise le Dr Bitoun.
Franck, 37 ans, a commencé il y a deux ans et demi. Il en est à sa 15ème séance. Depuis 11 ans, âge de son premier fils, ce tatoué sur les bras, le torse et le dos vit un violent déni de tatouage.
"Au début, on en fait un avec des copains, puis deux, puis trois... Pendant 10 ans, j'ai fait n'importe quoi", explique-t-il dans la salle d'attente d'un centre de laser.
L'homme ne peut plus se regarder dans le miroir, il est pris de nausées, refuse d'aller à la plage et avoue même avoir pensé plusieurs fois à "prendre un fer à repasser" pour brûler sa peau.
"J'ai des tatouages que je trouve vulgaires, violents et qui ne me correspondent plus. Je veux tous les enlever, même si c'est très long, très douloureux, j'en ai besoin. Je pense que j'en aurais pour 3 à 4.000 euros, j'ai pris un crédit et je fais des heures supplémentaires", précise-t-il.
"Chacun a sa raison et les profils sont très différents, de toutes les classes sociales. Mais c'est très rare que le patient s'arrête en plein traitement", constate le Dr Valérie Arigon, dermatologue qui pratique le laser depuis six ans au Centre laser international de la peau, à Paris.
Le pire, déplore Franck, c'est la douleur, "bien supérieure à celle de se faire tatouer", "le torse, la clavicule surtout. J'ai, en plus, beaucoup de couleurs, ce qui est plus difficile à enlever."
"Le violet et l'orange s'atténuent d'eux-mêmes, les couleurs polychromes: vert, bleu, rouge, sont moins faciles à enlever. Il vaut mieux ne pas garantir un détatouage si on n'est pas sûr du résultat", prévient le Dr Bitoune.
Alors qu'elle en est à sa cinquième séance, Alice doit maintenant attendre 5 à 8 semaines avant de refaire du laser. Pas dégoûtée, elle dit encore "adorer le tatouage" mais conseille de "bien choisir le motif et l'endroit".
"Je ne regrette pas d'avoir commencé à me faire détatouer. Je me marie en février, j'aimerais qu'il ait disparu!"
![]() | Source AFP modifié le 21/10/2010 |













