Les fumeurs japonais paniqués par une hausse historique du prix du tabac
Constitution de stocks inouïs de tabac, vols chez les buralistes, recrudescence de bonnes résolutions pour arrêter la cigarette: les consommateurs japonais paniquent avant une hausse historique des prix dans un pays longtemps considéré comme "le paradis des fumeurs".

Source photo : Yoshikazu Tsuno [AFP]
Un "café tabac" à Tokyo, le 17 juin 2009

Source photo : Kazuhiro Nogi [AFP/Archives]
"Avez-vous fini de constituer votre réserve ?", peut-on lire sur des pancartes dans des magasins Lawson, l'une des principales chaînes de supérettes où les fumeurs peuvent faire leurs emplettes 24 heures sur 24.
Vendredi 1er octobre, la taxe va augmenter de 70 yens (60 centimes d'euro) pour 20 cigarettes.
Le géant nippon du secteur, Japan Tobacco (JT), a prévenu qu'il allait faire passer le prix du paquet de 300 yens (2,65 euros) à au moins 410 yens (3,60 euros), du jamais vu dans un pays habitué à des hausses à dose homéopathique.
Depuis quelques semaines, les consommateurs se précipitent dans les points de vente et auprès des centaines de milliers de distributeurs automatiques pour profiter à qui mieux mieux de tarifs avantageux.
"C'est la ruée", explique Yayoi Sugihara, une porte-parole de Lawson.
Une chaîne concurrente, FamilyMart, assure avoir doublé ses ventes de cigarettes lors des 25 premiers jours de septembre par rapport à celles de l'an passé à même époque, tandis que JT a simultanément multiplié par deux ses livraisons.
Dans une banlieue ouvrière de Tokyo, un client a acheté 100 cartouches, soit 20.000 cigarettes, pour une valeur de 300.000 yens (2.650 euros), selon la presse.
Un économiste, Takuro Morinaga, populaire au Japon pour ses fréquentes apparitions télévisées, se vante d'avoir mis à l'abri un millier de paquets en prévision du changement de tarif.
Fumeur invétéré, il jure de ne jamais arrêter, même si le prix atteignait 1.000 yens (9 euros). "Dans ce cas, j'aggrandirais mon stock par avance et garderais tout au frigo", promet-il.
Les pouvoirs publics nippons n'en sont pas encore à imaginer un tel niveau, bien qu'ils évoquent la possibilité de renchérir à moyen terme le tarif du paquet à 700 yens (6,20 euros), un prix proche des standards nord-américains et européens.
Autre conséquence: les chapardages de cigarettes ont nettement augmenté, selon les médias.
Dimanche, un chômeur de 47 ans a été arrêté dans la petite ville de Mooka (nord de Tokyo), pour avoir dérobé deux cartouches au supermarché du coin.
La police nippone a d'ailleurs mis en garde les buralistes en cette période dangereuse.
Par ailleurs, selon un sondage récent, 58% des fumeurs aimeraient en finir purement et simplement avec leur drogue.
Quelque 36,6% des hommes japonais fument, une des proportions les plus importantes au sein des 33 pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques. Chez les femmes, la part est de 12,1%.
En augmentant les taxes, les pouvoirs publics nippons espèrent abaisser ces chiffres, alors que l'archipel a longtemps été dépourvu de toute politique de lutte contre le tabagisme. En 1966, 83,7% des hommes fumaient.
Depuis, quelques restrictions ont été imposées: interdiction de fumer dans les cinémas, dans de nombreux lieux publics (mais pas dans les restaurants ou cafés), voire dans les rues, y compris dans plusieurs quartiers de Tokyo. La moitié des entreprises japonaises ne disposent toutefois d'aucune réglementation stricte en la matière, selon une enquête du ministère de la Santé.
Des dizaines de milliers de fumeurs meurent chaque année au Japon à cause du tabac et 6.800 non-fumeurs décèdent de tabagisme passif, selon ce ministère.
![]() | Source AFP modifié le 01/10/2010 |













