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Les salles de consommation "améliorent la santé" des drogués, selon un expert

 

Ma santé

 

Dans les huit pays où elles existent, les salles de consommation de drogue supervisées ont permis "une amélioration claire de la santé" des toxicomanes et une "pacification" de leurs quartiers d'implantation, a expliqué à l'AFP le Dr Pierre Polomeni, spécialiste hospitalier en addictologie.

 

Le Dr Pierre Polomeni (photo fournie le 13 août)

Source photo : Inserm


M. Polomeni est membre du groupe d'experts de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) qui a analysé la littérature scientifique internationale et publié fin juin une expertise collective : "Réduction des risques chez les usagers de drogues".

QUESTION : "Quels enseignements peut-on tirer de l'expérience des salles de consommation ?

REPONSE: Avant toute chose, plusieurs conditions sont à réunir: la présence de toxicomanes qui consomment dans des lieux publics, très précarisés, qui n'ont pas accès au système de soins et un consensus local pour trouver une solution à ce double problème de santé et d'ordre public.

Ce qui est sûr, c'est que ça diminue les overdoses, les abcès et les problèmes infectieux. Ce qui est probable, c'est que ça diminue les contaminations au VIH (sida) et à l'hépatite C (VHC).

Ensuite ça améliore la situation locale des usagers et des habitants du quartier: les uns peuvent s'injecter sans s'infecter et les autres ne sont pas confrontés à des toxicomanes actifs sur leurs lieux de vie.

Cela génère une pacification des quartiers et une amélioration claire de la santé des usagers de drogues.

Partout où on a pris le temps de réfléchir avec les habitants, tout le monde est content.

Il n'y a pas de points négatifs spécifiques et il n'y a pas d'augmentation d'usage de drogue ni d'augmentation du deal alentour.

Q : De telles salles seraient-elles pertinentes dans le contexte français ?

R : Il faut être pragmatique: avant de s'embarquer dans un sens ou dans l'autre, il faut d'abord faire un étude de besoins ! Et si les besoins sont identifiés, là l'Inserm estime que ça peut être un outil complémentaire utile, au sein d'une politique de réduction des risques plus globale.

Q : Comment analysez-vous l'hostilité à l'encontre de ce dispositif ?

R : Les questions touchant la toxicomanie ont toujours éveillé des émotions très fortes, des peurs très vives, des conceptions de l'existence et de la société différentes. C'est hautement respectable. Mais à l'Inserm, ce n'est pas du tout notre champ. Le nôtre est scientifique et en tant que scientifiques on dit que dans un certain nombre de cas très précis, cela peut marcher.

Q : Comment de telles salles pourraient s'articuler dans la lutte contre la drogue pour être efficaces ?

R : On ne conçoit cela qu'à côté de l'énorme travail de prévention et de soin qui est notre quotidien: pour certains il faut inventer des outils complémentaires.

Notre principal boulot est de faire en sorte que les gens ne se droguent pas, ensuite s'ils se droguent d'essayer de les sortir de là, et ceux qui malheureusement sont dedans, il faut les aider au moins à ne pas en mourir. Mais c'est une toute petite part !

Ces usagers de drogues restent enfermés dans leur dépendance pendant 1 an, 2 ans ou 10 ans, selon le parcours de chacun. Mais un jour ils en auront marre de cette vie-là. Il faut essayer de faire en sorte qu'ils passent cette phase sans trop de dégâts pour arriver à la phase du soin.

Les études montrent que les centres d'injection permettent un accès aux soins et au bout d'un certain temps, ça peut permettre à certains d'entrer dans des programmes de substitution et de sevrage".

(Propos recueillis par Sophie LAUTIER)

AFPSource AFP