Médecine libérale: des idées de réforme dans un rapport remis à l'Elysée
Revoir la rémunération des généralistes avec des consultations allant jusqu'à 70 euros, favoriser le travail en groupe, lutter d'urgence contre les déserts médicaux: un rapport publié vendredi donne des clés à l'Elysée pour réformer la médecine libérale.

Source photo : Denis Charlet [AFP/Archives]
Dès la remise du rapport à Nicolas Sarkozy par l'ex-ministre de la Santé Elisabeth Hubert, l'Elysée a fait savoir que le gouvernement prendra dès 2011 des mesures pour améliorer l'exercice de la médecine générale, en tenant compte du diagnostic et des remèdes prescrits dans ce document de 180 pages.
Le chef de l'Etat qui effectuera la semaine prochaine un déplacement en région sur le thème de la médecine de proximité, a demandé au ministre et à la secrétaire d'Etat à la Santé, Xavier Bertrand et Nora Berra, ainsi qu'à la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, d'engager "très rapidement" des concertations avec les professionnels de la santé pour préparer les premières mesures, selon l'Elysée.
C'est en avril dernier que M. Sarkozy avait rédigé une lettre de mission à Mme Hubert, présidente de la Fédération nationale des établissements d'hospitalisation à domicile (Fnehad), indiquant qu'après avoir réformé l'hôpital il voulait des réponses "aux difficultés structurelles de la médecine de proximité".
Une des mesures phare du rapport est la proposition d'élargir la tarification pour les généralistes, en remplacement du prix unique de la consultation (22 euros, 23 au 1er janvier 2011).
Les prix pourraient s'échelonner de la moitié du tarif actuel pour un rendez-vous de simple formalité à 70 euros pour "une consultation longue et difficile" d'environ une heure.
Les syndicats de médecins généralistes ont réagi favorablement à cette proposition. Cependant pour Michel Combier, président du syndicat de généralistes UNOF-CSMF, une consultation à 11 euros "ne fait pas partie du travail du médecin" et conviendrait éventuellement "pour une consultation téléphonique, comme c'est le cas en Allemagne".
A propos du surcoût potentiel pour l'Assurance maladie, déjà en fort déficit, le rapport fait valoir que les caisses de Sécurité sociale disposent déjà des "profils des médecins et des caractéristiques de leurs pratiques" et peuvent ainsi repérer ceux qui réclameraient des tarifs élevés non justifiés.
Mais pour Jean de Kervasdoué, économiste de la santé, une nouvelle nomenclature "a peu de chances d'aller très loin". "Il y a un problème de contrôle, comment fait-on", interroge-t-il?
Parmi les mesures "temporaires" pour les zones rurales désertées par les médecins, le rapport propose d'installer des jeunes médecins sortis de l'internat dans des locaux de collectivités locales et de mettre à la disposition des populations "des moyens de transport pour se rendre chez le médecin le plus proche".
Ce serait une "mission de service public" avec une rémunération fixe venant s'ajouter au paiement des actes.
D'autres mesures de moyen et long terme, dont les effets ne se feront sentir qu'à une échéance de 8 à 10 ans, concernent la réforme des études médicales, jugée trop axée sur l'hôpital.
Une autre proposition forte est d'adapter la médecine française à l'internet en développant les systèmes d'information (partage des données médicales sur les patients entre praticiens) et la télémédecine.
Prenant acte des préférences des jeunes médecins pour un travail en groupe plutôt qu'en solitaire, le rapport estime que les "regroupements pluriprofessionnels doivent davantage être favorisés", mais qu'il faut veiller à "ne pas laisser faire n'importe quoi, n'importe où, n'importe comment".
![]() | Source AFP modifié le 30/11/2010 |













