Médecins payés à la performance: une idée "intéressante", une mise en oeuvre difficile
La rémunération à la performance est "philosophiquement intéressante", car elle met en valeur le "bon boulot", mais sa mise en oeuvre inquiète Stéphane Fraize, médecin généraliste installé en Dordogne, qui expérimente déjà depuis deux ans un dispositif comparable.

Source photo : Marc Le Chelard [AFP/Archives]
Comme quelque 15.000 généralistes, ce médecin de 38 ans a signé en 2009 un contrat d'amélioration des pratiques individuelles (Capi), qui a inspiré la prime à la performance désormais étendue à tous ses confères et vient compléter le traditionnel paiement à l'acte.
"Dans ma pratique quotidienne, ça n'a pas changé grand-chose parce que j'étais d'emblée relativement dans les clous. Et, du point de vue financier, ça fait un complément qui est bon à prendre", explique à l'AFP le Dr Fraize, qui a touché 3.600 euros de prime la première année.
Cette prime vient récompenser le respect d'objectifs fixés par l'assurance maladie, en termes de prise en charge des patients, de prescription ou encore de prévention.
"J'étais tout à fait favorable à la philosophie, parce que nous avions jusqu'alors un système qui ne rémunérait que la quantité, et finalement qu'on fasse du bon boulot ou pas, ça ne changeait rien", résume le Dr Fraize.
"Donc le Capi, et aujourd'hui ces évolutions proposées par la convention, sont intéressants car ils introduisent des critères qualitatifs", dit ce médecin installé depuis 6 ans en milieu rural.
"Tenir un dossier à jour, programmer les pense-bête et les alarmes pour tous les examens routiniers, le suivi des vaccins qu'il faut rappeler aux patients, ça ne me pose pas de souci", explique-t-il.
"Mais c'est vrai que ça prend du temps, donc je trouve bien que tout ça soit reconnu et qu'il y ait un encouragement à faire ce travail", poursuit-il.
En revanche, "la déclinaison concrète (du dispositif) me laisse un gros gros goût amer car certains critères sont discutables et manquent un peu de données solides, les sociétés savantes auraient pu avoir leur mot à dire", souligne le Dr Fraize.
Quant à la mise en oeuvre, "c'est un peu n'importe quoi". "Aujourd'hui, les caisses sont incapables de donner des données vraiment fiables et on refuse de nous donner des listings nominatifs, on n'a aucun moyen de discussion sérieux", regrette-t-il.
Malgré des objectifs qualitatifs atteints à 99%, et un score de 65% sur les objectifs d'optimisation des prescriptions, il explique avoir posé trois recours contre certaines évaluations de la Sécu, et avoir obtenu gain de cause.
"Si on vous dit par exemple que le nombre de vos patients diabétiques qui ont eu un fond d'oeil c'est X% , on est obligé de les croire, mais on n'a aucun moyen de pointer si les données sont fiables".
"Pour avoir fait trois recours, je sais que leurs données ne sont pas fiables, donc c'est quand même problématique", dit-il, regrettant que les caisses de Sécurité sociale soient "juges et partie".
![]() | Source AFP modifié le 24/07/2011 |













