Mediator: des élus français dénoncent l'inaction des autorités européennes
Plusieurs eurodéputés français montent au créneau pour demander des enquêtes sur l'inaction des autorités sanitaires européennes chargées du contrôle des médicaments, accusées d'avoir mis dix ans de trop à recommander le retrait du Mediator.

Source photo : Fred Tanneau [AFP/Archives]
Lors d'une conférence de presse à Strasbourg, les Vertes Eva Joly et Michèle Rivasi ont annoncé mercredi avoir saisi l'Office européen de lutte anti-fraude (OLAF) pour demander une enquête administrative afin de faire "toute la lumière sur des années d'inaction".
"Au moins depuis l'automne 1999, ce médicament aurait dû être interdit par l'Agence européenne des médicaments (EMA). Cela n'a été fait que dix ans plus tard, ce qui a provoqué des centaines de morts inutiles", a accusé l'ancienne magistrate Eva Joly.
"Dans ce dossier, le principe de précaution a joué en faveur du laboratoire Servier et non pas en faveur du grand public", selon elle.
"Comment se fait-il que l'EMA n'a pas fonctionné, qu'elle n'a pas donné l'alerte ?", a interrogé de son côté Mme Rivasi. "Est-ce que ce sont des problèmes de collusion ? de favoritisme ? de conflit d'intérêt ?"
Mmes Joly et Rivasi ont dénoncé en particulier le rôle joué au sein de l'EMA, de 1995 à 2000, par l'expert français en pharmacologie Jean-Michel Alexandre, qui à la même époque travaillait également à l'Agence française des médicaments (AFSSAPS). Le récent rapport de l'IGAS en France a souligné qu'après son départ de l'EMA et de l'AFSSAPS, il était devenu "consultant pour l'industrie pharmaceutique, notamment pour les laboratoirs Servier".
Le Mediator (benfluorex), un médicament destiné aux diabétiques en surpoids, prescrit aussi comme coupe-faim à des non-diabétiques, a été retiré de la vente en France en 2009, en raison des risques cardiaques encourus par les patients. Il est accusé d'être à l'origine de la mort de 500 à 2.000 personnes, et d'avoir provoqué de graves lésions cardiaques chez des milliers d'autres.
Le produit a été retiré du marché espagnol en 2003, en 2004 en Italie, et dès 1979 en Suisse à l'initiative de l'agence helvétique du médicaments tandis qu'en Belgique, les autorités sanitaires ont refusé sa commercialisation en 1977.
L'EMA a recommandé son retrait en décembre 2009. Pourtant, selon un document de l'EMA transmis à l'AFP par l'eurodéputé conservateur Pierre Juvin - un autre élu français en pointe sur ce dossier, qui a lui-même demandé à la Commission européenne d'ouvrir une commission d'enquête - l'agence européenne avait demandé au laboratoire Servier, dès novembre 1999, de procéder à une étude sur l'innocuité de son médicament.
Ces éléments ont d'ailleurs été partiellement confirmés mardi par le commissaire européen à la Santé, John Dalli, lors d'une intervention sur ce sujet devant les eurodéputés.
A la fin des années 1990, a-t-il expliqué, "il a été décidé" qu'une enquête était nécessaire pour vérifier "s'il y avait un problème de sécurité" avec le benfluorex, mais l'EMA a conclu en mars 1999 "qu'il n'y avait pas d'inquiétude importante sur le rapport bénéfice/risques" de ce médicament.
Plus généralement, la pharmacovigilance et "les décisions qui doivent en découler quant aux autorisations nationales de médicaments relève d'abord de la responsabilité des Etats membres", a souligné M. Dalli.
![]() | Source AFP modifié le 17/02/2011 |













