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Mediator : indemnisation pour les cas indiscutables mais expertise pour les autres

 

Enfants et Adolescents

 

A côté des cas d'atteinte massive des valves cardiaques où la relation avec la prise du Mediator n'est guère discutable, il y en a de plus complexes et l'avis d'un collège d'experts médicaux sera sans doute nécessaire pour permettre une indemnisation.

 

Une boîte de Mediator

Source photo : Fred Tanneau [AFP]


Le fond annoncé par le ministre de la santé "va permettre d'indemniser les victimes sans attendre la fin de la procédure judiciaire qui peut durer dix ans", se réjouit le Dr Irène Frachon (Brest) qui a mis au jour l'affaire du Mediator.

Les cas "béton", indiscutables et pourtant contestés par les laboratoires Servier, devraient être acceptés sans problème par le fonds, avance le Dr Yannick Jobic, cardiologue (CHU Brest).

Le fond "va aussi permettre de mutualiser les expertises, en faisant appel à un collège d'experts, pour les cas difficiles, de manière cohérente pour tout le monde", ajoute le Dr Frachon.

Car "en fait il y a des cas typiques et un certains nombre de cas douteux", relève le professeur Christophe Tribouilloy (CHU Amiens).

"Les quatre valves cardiaques peuvent être touchées (aortique, mitrale, tricuspide et pulmonaire), mais l'atteinte porte en grande majorité sur les valves aortique et mitrale", selon le cardiologue. Toutefois, ajoute-t-il, "l'imputabilité médicamenteuse de l'atteinte valvulaire est difficile en particulier pour les petites fuites".

D'autres substances peuvent en effet causer des atteintes des valves cardiaques (autre coupe-faim comme l'Isoméride de Servier aujourd'hui interdit, l'ecstasy, l'antiparkinsonien Celance, des dérivés de l'ergot de seigle pris chroniquement...).

Il existe aussi d'autres causes de fuites valvulaires que celles liées au Mediator, comme le rhumatisme articulaire aigu, l'endocardite infectieuse, la dégénérescence liée à l'âge et à l'hypertension avec calcifications..., qu'il faut écarter.

Cependant, certains des patients ont clairement deux valvulopathies - par exemple une calcifiée et des lésions très évocatrices du Mediator - qui ne seront pas très simples à défendre, indique le Dr Frachon.

Et, contrairement à ce qu'on entend parfois, le diabète seul (sans hypertension, ni hypercholestérolémie, etc.) n'est pas un facteur de risque d'atteinte valvulaire, précise le Pr Tribouilloy.

Le Mediator a occasionné "plusieurs centaines de valvulpathies avec un retentissement tout à fait sérieux et des dizaines de milliers d'anomalies valvulaires : de petites fuites allant de minimes à modérées", selon le Dr Frachon.

Problème pour évaluer le préjudice : on ignore le devenir des formes modérées, indique le Pr Tribouilloy. Pour le déterminer, une étude sera faite, à la demande des pouvoirs publics, sur au moins 500 patients, dit-il.

En gros pour les malades du Mediator, "il y a des imputabilités fortes et évidentes, malheureusement pour les plus graves, parce que tous les arguments sont là : échocardiographies caractéristiques, compte rendus opératoires, analyse de la valve malade rémplacée", résume le Dr Frachon. "Et puis à côté, on va avoir ceux qui ont échappé au massacre, et qui ont des petites insuffisances aortiques et je pense qu'il y aura des discussions pour savoir comment les prendre en charge dans le cadre du fonds d'indemnisation", poursuit-elle.

"Les patients qui ont pris de l'Isoméride et du Mediator ne devraient pas être exclus de l'indemnisation, sinon ce serait la double peine", juge par ailleurs le Dr Jobic.

Cinq millions de personnes auraient pris du Mediator entre 1976 et novembre 2009, date de son retrait. Cet antidiabétique, souvent prescrit comme coupe-faim, serait responsable de 500 à 2.000 décès selon les études des organismes de santé.

AFPSource AFP
modifié le 13/04/2011