Myopathies, maladies rares: sur le chemin coûteux du médicament
Maladie génétique de la vue, myopathie de Duchenne, déficit du système immunitaire... 25 ans après le premier Téléthon, les essais cliniques relatifs aux maladies rares se multiplient, ouvrant la voie à des avancées concrètes, mais coûteuses, vers le médicament.

Source photo : Pascal Pavani [AFP/Archives]
Le service d'ophtalmologie du CHU de Nantes, dirigé par le Pr Michel Weber, vient ainsi de démarrer cet automne un essai de thérapie génique chez l'homme pour une maladie rare de la rétine, l'amaurose congénitale de Leber.
Il s'agit d'une forme particulière de rétinite pigmentaire qui touche 1.000 à 2.000 personnes en France. C'est l'une des principales causes de cécité de l'enfant.
En 2006, l'équipe nantaise de Fabienne Rolling avait réussi à rendre la vue à des chiens touchés par la maladie grâce à une thérapie génique. Cinq ans plus tard, leur vision est stabilisée, indique Philippe Moullier, directeur de recherche Inserm à Nantes.
Le 10 octobre, un premier patient adulte a reçu, dans un oeil, une injection de vecteurs AAV (dérivés d'un virus anodin) transportant le gène sain RPE65. Au total 9 patients doivent être traités en deux ans. Si tout se passe bien, les trois derniers seront des enfants.
"C'est extrêmement encadré", précise Philippe Moullier. L'objectif est de démontrer la tolérance et l'efficacité du traitement chez l'homme, avec des doses croissantes.
Des essais de thérapie génique de l'amaurose congénitale de Leber ont déjà eu lieu aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, avec des "résultats mitigés", selon le chercheur.
L'essai français utilise un vecteur de type différent, a-t-il expliqué, qui cible uniquement les cellules malades, celles de l'épithélium rétinien pigmentaire.
Label "établissement pharmaceutique"
Cette année a également démarré un nouvel essai de thérapie génique pour le syndrome de Wiskott-Aldrich, un déficit immunitaire sévère qui provoque la mort avant l'âge adulte si l'on ne trouve pas de donneur de moelle osseuse compatible.
Généthon est le promoteur de cet essai clinique international de phase I/II mené à Paris, par l'équipe des Pr Alain Fischer et Marina Cavazzana-Calvo, en collaboration avec le Pr Salima Hacein-Bey (hôpital Necker), à Londres (Great Ormond Street Hospital) et à Boston (Children's Hospital).
Des essais cliniques de pharmaco-génétique sont par ailleurs en cours pour la myopathie de Duchenne, auxquels participent des jeunes enfants comme Raphaël, emblème du 25e Téléthon.
Toujours sur la myopathie de Duchenne, la plus fréquente des maladies neuro-musculaires de l'enfant, un essai de thérapie génique (AAV/U7) est en développement à Généthon, en collaboration avec les équipes nantaises et l'Institut de myologie. Les chercheurs espèrent traiter le premier patient en 2013.
Le coût d'un lot de vecteurs de thérapie génique pour les essais chez l'homme est de 500.000 à plus d'un million d'euros, souligne l'Association française contre les myopathies (AFM), le nombre des patients traités avec un lot variant en fonction des pathologies: 1 à 5 patients pour la myopathie de Duchenne, 3 à 5 patients pour Wiskott-Aldrich et une dizaine de patients pour les maladies de la rétine.
L'AFM devrait devenir la première association à but non lucratif à avoir le label "établissement pharmaceutique", via Généthon Bioprod, premier centre au monde de production de médicaments de thérapie génique.
Il devrait entrer en activité au 2e semestre 2012, pour produire des médicaments de thérapie génique destinés à être utilisés en essais cliniques et pouvant aller jusqu'à la mise sur le marché.
![]() | Source AFP modifié le 06/12/2011 |













