Ne pas se résigner face à la douleur
"Tu t'es installée dans ma vie. Je dépends de ta volonté" : tue ou mal dite, la douleur chronique altère la qualité de vie, l'humeur, et conduit trop souvent à la résignation, soulignent des spécialistes à l'occasion de la Journée mondiale de la douleur, mardi.

Source photo : Philippe Merle [AFP]
La douleur est "le premier motif de consultation" et représente "500 millions d'euros par an en termes de perte d'activité", indique Malou Navez, responsable du Centre de la douleur du CHU de Saint-Etienne.
Pourtant "la prise en charge reste encore très difficile", déplore-t-elle. Parce que "les patients ont du mal à dire la douleur, à se faire comprendre", parce que la douleur "est un phénomène subjectif" souvent sous-estimé.
"Toute consultation passe par l'écoute et la croyance", souligne Martine Chauvin, présidente de l'Association francophone pour vaincre les douleurs (AFVD).
"La douleur a des effets délétères sur tous les aspects de la vie", explique le Dr Navez.
Une enquête sur près de 300 patients européens souffrant de douleurs chroniques (arthrose, mal de dos...) a montré que pour plus de la moitié d'entre eux, la douleur avait "un énorme impact" sur la vie quotidienne.
64% déclaraient rencontrer des problèmes pour marcher, 30% pour se laver et s'habiller, 60% pour dormir. Plus d'un tiers (38%) déclaraient avoir dû changer leur manière de travailler.
"La première répercussion psychologique de la douleur est la dépression", explique pour sa part Marie-Claude Defontaine Catteau, psychologue-psychanalyste au Centre de la douleur du CHU de Lille. Mais souvent les patients l'occultent, de peur qu'elle ne focalise la prise en charge du médecin, au détriment de celle de la douleur.
"Peu de patients reçoivent un traitement approprié", estime le Dr Navez. Ils vivent leur douleur "comme une fatalité", avec "une certaine résignation".
L'enquête Pain Story, financée par un laboratoire, montre ainsi que 95% des personnes interrogées (majoritairement des femmes) souffraient toujours de douleurs modérées à sévères après 12 mois de traitement. Pourtant, plus de la moitié d'entre elles pensaient que tout était mis en oeuvre pour les aider. Seulement 2% étaient suivis par un spécialiste de la douleur.
"Il faut réclamer son inscription dans une structure spécialisée quand le généraliste n'y arrive pas", affirme Catherine Sebire, vice-présidente de l'AFVD.
Les patients doivent "se réconcilier avec leur douleur", pouvoir "la dominer", ajoute-t-elle.
L'association estime "urgent de lancer la réflexion autour du 4e plan douleur", pour pouvoir "garantir aux patients la mise à disposition de moyens financiers et humains sur tout le territoire qui leur permettront d'être soulagés et de continuer à vivre dans la dignité".
"Tes colères extrêmes viennent me rappeler douloureusement que ta présence est insupportable et que la seule solution, c'est de te combattre", écrit un patient français interrogé pour l'enquête Pain Story, dans une lettre à sa "Chère Douleur".
![]() | Source AFP modifié le 12/10/2010 |













