New York: au royaume de l'interdiction de fumer, elle cultive son tabac
Le maire de New York, Michael Bloomberg, qui poursuit une implacable bataille contre les fumeurs, pourrait être surpris d'apprendre l'existence d'une plantation de tabac à quelques kilomètres de l'hôtel de ville.

Source photo : Emmanuel Dunand [AFP]
Cette culture rebelle consiste en une centaine de plants alignés en pots à Brooklyn (sud-est), dans le jardin d'Audrey Silk, une sorte de chef de guérilla qui entend bien lutter contre le maire jusqu'à son dernier souffle, ou sa dernière bouffée.
Cette ex-policière de 46 ans assure que chaque récolte produit l'équivalent d'environ 400 paquets de cigarettes. Une belle économie pour cette fumeuse acharnée quand on sait que les débitants de tabac vendent le paquet 12 à 15 dollars, dont une bonne partie sont des taxes municipales.
"C'est mon Jardin +Bloomberg, vas te faire foutre+", dit-elle.
Le mois dernier, le maire a promulgué une loi adoptée par le conseil municipal, qui interdira à partir du mois de mai de fumer dans les parcs, les plages et autres lieux de plein air de la ville.
D'après les études, environ un million de New-Yorkais fument --sur une population de 8,4 millions--, dans une ville où l'interdiction n'a cessé de s'étendre ces dernières années, s'accompagnant de campagnes alarmistes à la télévision.
Audrey Silk se voit comme une militante des droits de l'Homme. "C'est ma révolte contre l'intrusion du gouvernement dans ma vie", dit-elle à l'AFP dans la cuisine enfumée de la maisonnette qu'elle partage avec son terrier Bingo, son très loquace perroquet gris du Gabon Albert, et dont la cave est pleine de feuilles de tabac séchées.
Lorsque l'interdiction entrera en vigueur, elle entend passer à la provocation pure et simple. "Nous allons organiser des rencontres de fumeurs dans les parcs", dit-elle énergiquement, même si elle admet qu'elle ne connaît personne qui soit allé aussi loin qu'elle.
Elle achète ses semis sur internet et s'occupe amoureusement de sa plantation, qu'elle protège des intempéries et des insectes, lavant les grandes feuilles avant de les faire sécher sur une corde à linge. Le tabac est ensuite empilé, haché, moulu avant d'être roulé dans du papier à cigarette.
Le processus est long, mais le jeu en vaut la chandelle: avec une centaine de plants, elle économise environ 8.000 dollars, dit-elle.
Cette femme est devenue une célébrité. Son téléphone ne cesse de sonner et tous les journalistes de la ville veulent la rencontrer.
Elle a fondé un groupe, C.L.A.S.H -- initiales anglaises pour "Citoyens en Lutte contre le Harcèlement des Fumeurs" -- doté d'un site internet, wwwnycclash.com. Sur la page d'accueil, on voit un élu, portable à l'oreille, juste devant un panneau interdisant l'utilisation des téléphones cellulaires.
Si elle ne pense pas pouvoir compter sur des foules de sympathisants, elle a déjà un allié fidèle en la personne de son perroquet. Dès qu'elle prend une cigarette et la porte à sa bouche, Albert lance un tonitruant "Tchk, Tchk", imitant à merveille le bruit d'un briquet.
![]() | Source AFP modifié le 28/03/2011 |













