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Pérou: la coca qui avance pèse sur les hommes et la nature

 

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La nuit, les feux qu'on voit de loin à flanc de montagne attestent des brûlis pour faire place à la coca. Le Pérou est devenu premier producteur mondial de la plante matière première de la cocaïne, et dans la région de Pichari (sud-est), elle gagne sur la forêt et les hommes.

 

Des paysannes péruviennes écrasent des feuilles de coca séchées avant de les envoyer vers un laboratoire clandestin

Source photo : Ernesto Benavides [AFP/Archives]


La Vallée des fleuves Apurimac et Ene, dite VRAE, est le coeur péruvien de la coca. De cette jungle d'altitude (2000-2500 m), à 1.100 km au sud-est de Lima, provient 75% de la coca du Perou, et les cultures de la feuille, 17.500 hectares l'an passé, y gagnent 500 hectares chaque année.

Dans ce relief quasi-impénétrable, accessible en hélicoptère ou plus sûrement mais lentement à pied, des résidus du Sentier lumineux, la guérilla maoïste des années 80-90, sont maîtres de poches entières de territoire.

De "prestataire de services" paramilitaires pour le narcotrafic, l'ex-guérilla est passée à l'étape suivante, et "commence à produire sa propre drogue", affirme à l'AFP à la base de Canaire (une centaine d'hommes) le général de police Italo Perochena, chef opérationnel du VRAE.

"Selon nos renseignements, ces restes du Sentier possèdent des parcelles de coca à eux là où ils sont basés, et ont exproprié des paysans pour se consacrer eux-mêmes au narcotrafic".

Cette production en hausse impacte sur l'environnement. "Des espèces de faune et de flore de valeur sont en train de se perdre" assure Fernan Valer, responsable d'un plan gouvernemental pour des cultures alternatives (cacao, café).

Il souligne aussi l'impact des agrochimiques utilisés pour rendre la coca plus résistante aux maladies, ou plus productive, avec jusqu'à quatre récoltes par an.

A l'écart des villages, dissimulés entre plants de cacao ou de bananes, la police affirme voir ou détruire chaque jour 10 à 15 puits de macération, des bassins de 3 à 4 m de côté et 1 m de fond, un stade de la fabrication impliquant de la chaux, du kérosène, de l'acide sulfurique ou de l'ammoniaque.

Ces substances, a constaté le correspondant de l'AFP près d'un puits découvert, filtrent dans les rivières et cours d'eau. La contamination a déjà entraîné des maladies dans les communautés indiennes ashaninkas locales, assure Valer.

Car les Ashaninkas, une des principales ethnies d'Amazonie péruvienne, se retrouvent de nouveau entre marteau et enclume, comme dans les années 85-95, au plus fort du conflit interne: quand ils étaient enlevés ou soumis au labeur forcé par les guérillas, et accusés par l'armée de collaborer avec elles.

"L'activité du narcotrafic, du Sentier contribue à détruire notre mode de vie, nos coutumes", dénonce Jessica Cipriano, coordinatrice des quelque 345 communautés ashaninkas, regroupant 52.000 personnes environ, dans le VRAE.

Dans cette zone ingrate, police et armée mènent un travail de fourmi, un peu vain. A ce jour en 2010, ils ont saisi 1,8 tonne de pâte base de cocaïne, 700 kilos de chlorhydrate, sans empêcher la production de croître. Et gagner la confiance des populations parait aussi hors d'atteinte.

"Les militaires nous font peur, on en a marre d'eux", se plaint Apolonia Ripa, commerçante du marché de Pichari. "Mes enfants ne veulent plus venir me voir d'Ayacucho, ils ont peur qu'on les arrête et qu'on les soupçonne d'être des narcos".

Un "Front de défense" civil s'est formé pour dénoncer la "militarisation" de la zone. Victor Raul Meneses, son président s'indigne de l'argent pour "des survols coûteux, des armements sophistiqués, quand le gouvvernement devrait construire des écoles, mieux payer les maîtres".

Sur la place principale de Pichari trône comme un symbôle une statue de feuille de coca, la plante reine de la région, incontestée.

AFPSource AFP
modifié le 14/09/2010