Accueil > Mag Santé > Ma santé > Perturbateurs endocriniens: changer la façon d'évaluer les risques

Perturbateurs endocriniens: changer la façon d'évaluer les risques

 

Ma santé

 

Il y a urgence : des scientifiques et médecins réunis à Paris ont réclamé une nouvelle approche pour évaluer et limiter les risques que font courir les perturbateurs endocriniens tels que phtalates et bisphénol A, très largement répandus dans notre quotidien.

 

Biberons

Source photo : Joel Saget [AFP/Archives]


"Il faut changer de paradigme, de référentiel, de façon dont on évalue les risques", a souligné André Cicolella, chercheur en santé environnementale et responsable du Réseau environnement santé (RES).

Les effets sont malaisés à mettre en évidence chez l'homme, du fait de la difficulté à mesurer l'exposition prolongée à faibles doses et du cocktail de substances auxquelles les individus sont soumis, par différentes voies.

Mais pour nombre de scientifiques, qui mettent en avant le principe de précaution, il faut agir sans attendre d'éventuelles certitudes notamment pour les populations les plus fragiles, femmes enceintes et petits enfants.

L'interdiction de certains produits de synthèse en contact avec les aliments et l'amélioration de l'étiquetage sont des pistes à suivre, a suggéré Laurent Chevalier (CHU Montpellier), à l'occasion d'un colloque organisé à l'Assemblée nationale par le RES, avec le soutien des députés Gérard Bapt (PS) et Bérengère Poletti (UMP).

"S'il faut attendre que le risque soit avéré, comme pour l'amiante et le chlordécone, il sera trop tard", a estimé Gérard Bapt, lui-même cardiologue.

En 2009, la prestigieuse Endocrine society américaine avait demandé une modification de la politique publique.

Substances naturelles ou de synthèse, les perturbateurs endocriniens (PE) incluent les pesticides organochlorés comme le DDT, les phtalates que l'on trouve dans les shampooings, tuyaux de perfusion, le bisphénol A utilisé pour les biberons, le revêtement intérieur des canettes, les dioxines et apparentés comme le PCB, le PFOA utilisé pour le revêtement antiadhésif des poëles...

En interférant avec le fonctionnement des glandes endocrines qui sécrètent les hormones, les PE sont soupçonnés d'altérer la croissance, le développement, le comportement, d'être à l'origine de certains cancers, de l'épidémie de diabète et d'obésité...

"Il y a évidence directe chez les souris à concentration très faible", a souligné Anna Soto, professeur de biologie cellulaire à la faculté de médecine de Boston.

Après exposition au bisphénol A (BPA), les souris reproduisent des lésions similaires aux lésions précancéreuses du sein ou de la prostate chez l'adulte, note Patrick Fenichel (CHU de Nice et Inserm), qui rappelle que le nombre des cancers du sein - un cancer hormono-dépendant, comme ceux de la prostate et du testicule - a doublé en 20 ans.

Robert Barouki (Université Paris V/Inserm/hôpital Necker) relève l'effet "obésogène" du distilbène chez les souris. Des effets des PE apparaissent aussi sur le comportement. "Aux Etats-Unis, on parle de souris pop-corn", qui sautent tout le temps, note Anna Soto.

Pour Eric Houdau (INRA), "aux doses inférieures aux seuils acceptables pour l'homme, le BPA peut se substituer aux oestrogènes naturels dès le stade foetal, et perturber l'équilibre hormonal nécessaire au développement et au maintien d'une fonction de barrière intestinale efficace".

"De nombreux arguments" plaident en faveur du rôle des polluants dans l'épidémie de maladies métaboliques telles que le diabète ou d'obésité, dit Robert Barouki, qui considère les PE comme des "poisons modernes".

AFPSource AFP
modifié le 16/09/2010