Perturbateurs endocriniens: protéger les mères et les enfants d'abord
Etiqueter des produits contenant des perturbateurs endocriniens pour protéger les plus vulnérables, les bébés et les femmes enceintes: un rapport parlementaire, publié mercredi, propose d'agir, sans attendre, au nom du principe de précaution.

Source photo : David Mcnew [AFP/Getty Images/Archives]
Les produits de consommation courante qui contiennent des substances présentant un risque élevé de perturbations hormonales pourraient être soumis à un étiquetage particulier pour informer les mères et les inciter à les éviter, suggère le sénateur Gilbert Barbier qui a présenté le rapport.
Il propose l'exemple du pictogramme -un sens interdit barrant une silhouette de femmme enceinte- apposé sur les bouteilles de vin et d'alcool.
Substances naturelles ou de synthèse, étrangères à l'organisme, les perturbateurs endocriniens (PE) incluent des pesticides, des phtalates (présents dans les tuyaux de perfusion, cosmétiques...), le bisphénol A (revêtement plastique interne des canettes, boîtes de conserve...).
Les PE "peuvent perturber le fonctionnnement du système hormonal (endocrinien) et induire des effets délétères aussi bien à court qu'à long terme sur l'individu et sa descendance", souligne le sénateur du Jura.
Il existe ainsi un lien de causalité "crédible" entre certaines maladies touchant à la fertilité ou au cancer et les perturbateurs endocriniens, note l'auteur du rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST).
Certes, de "nombreuses incertitudes" (mécanismes d'action à faibles doses, en mélange...) persistent, mais l'on en sait assez pour agir dès maintenant afin de protéger les populations les plus vulnérables, selon lui.
"Réduire l'exposition périnatale, c'est-à-dire du jeune enfant et de sa mère, de la conception aux premières années de la vie, doit devenir un objectif", souligne-t-il.
"C'est, en effet, la période la plus sensible où les conséquences d'une exposition, même faible, risquent d'être importantes", estime-t-il.
Car les PE ne répondent pas à la règle d'une relation linéaire entre la dose et l'effet poison.
Avec ces substances, des effets forts peuvent être constatés à faible dose ou bien l'inverse. Et leur mélange peut entraîner des effets allant au-delà de leur simple addition, pointe le rapport.
A certaines périodes de la vie, comme pendant la vie intra-utérine, "ce n'est plus la dose qui fait le poison, mais le moment précis de l'exposition", note-t-il.
Il appelle aussi au remplacement accéléré de produits problématiques, tels les phtalates à chaîne courte (DEHP), utilisés en médecine notamment en néonatalogie et gynéco-obstétrique.
Le sénateur préconise également de développer la recherche, en améliorant sa coordination nationale et européenne avec une priorité: l'adoption de tests de détection reconnus internationnalement.
Dans ce rapport, le sénateur rappelle que les inquiétudes sur les PE proviennent de l'augmentation importante et non encore expliquée de maladies liées au système hormonal, comme certains cancers (prostate, sein), ou des problèmes de fertilité.
En France, l'incidence du cancer du sein a doublé depuis 1980. Il en serait de même du cancer du testicule dans les pays développés depuis 1970.
En matière de fertilité, les chercheurs s'inquiètent d'une possible combinaison d'une baisse de moitié du nombre de spermatozoïdes et d'une augmentation des malformations génitales masculines.
Les PE sont également soupçonnés d'altérer la croissance, le développement et le comportement.
![]() | Source AFP modifié le 18/07/2011 |













