Psychiatrie: la gauche et les psychiatres dénoncent un projet "liberticide"
Des parlementaires de l'opposition, des magistrats et des psychiatres ont une nouvelle fois dénoncé mercredi le caractère "sécuritaire" et "liberticide" du projet de loi sur la psychiatrie, en examen en seconde lecture au Sénat, lors d'une conférence de presse commune.

Source photo : Pierre Verdy [AFP/Archives]
"Ce projet de loi aborde la question du soin psychiatrique par le plus mauvais bout de la lorgnette, c'est-à-dire la question de la sécurité", s'est indignée Christiane Dumontes, sénatrice PS du Rhône. "Le gouvernement a privilégié l'aspect sécurité plutôt que l'aspect santé", a-t-elle ajouté.
Les collectifs de psychiatres ne décolèrent pas non plus. "Les patients sont systématiquement présentés comme potentiellement dangereux et criminels", a déploré Paul Machto, psychiatre en Seine-Saint-Denis et membre du "Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire". Pour lui, cette loi sera de toute manière "inapplicable" faute de moyens financiers.
Un point de vue partagé par Serge Portelli, vice-président du Tribunal de Paris: "On fait des lois et on se fiche éperdument de savoir si elles vont être appliquées". Selon lui, lorsqu'il faudra appliquer la mesure qui prévoit l'intervention du juge des libertés et de la détention pour l'hospitalisation d'office des malades, "une foule de magistrats vont être face à l'inconnu total sans la moindre formation".
Dans le collimateur des opposants au projet se trouve également l'obligation de soins à domicile et la période d'observation de 72 heures en cas d'hospitalisation d'office, qualifiée de "garde à vue psychiatrique".
Après l'adoption du projet, le PS ne compte pas déposer de recours devant le Conseil constitutionnel. En revanche, il estime que des questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) seront vraisemblablement déposées "dès la rentrée".
De leur côté, les différents collectifs et associations ont lancé devant le Sénat un appel à ne pas appliquer la loi. Des modalités concrètes, comme le refus de divulguer le secret médical, seront détaillées le 25 juin lors d'un prochain rassemblement.
Le projet de loi avait été initié fin 2008 par Nicolas Sarkozy à la suite d'un fait divers: le meurtre d'un étudiant à Grenoble par un malade mental enfui de l'hôpital.
![]() | Source AFP modifié le 17/06/2011 |













