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Restructurations hospitalières: Bertrand prend le risque de lâcher du lest

 

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En suspendant la fermeture fortement controversée d'un service du CHU de Créteil (Val-de-Marne), le gouvernement prend le risque de donner des arguments aux adversaires des restructurations hospitalières et de compliquer la tâche des agences régionales de santé.

 

le ministre de la Santé Xavier Bertrand (C), lors d'une conférence de presse, le 5 mai 2011 à Matignon à Paris

Source photo : Patrick Kovarik [AFP]


Le ministre de la Santé Xavier Bertrand a annoncé mercredi à l'Assemblée nationale sa décision de suspendre la fermeture, prévue fin juin, du service de chirurgie cardiaque de l'hôpital Henri-Mondor, un établissement de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).

"La première orientation de l'AP-HP était de fermer le service de chirurgie cardiaque de l'hôpital Henri-Mondor. J'ai décidé (...) de suspendre cette orientation", a déclaré le ministre.

Ce projet de fermeture mobilisait depuis plusieurs mois personnels et élus de tous bords qui refusaient l'idée d'amputer ce centre hospitalier réputé de la région parisienne, mondialement connu pour avoir réussi la première greffe totale du visage.

Cette décision n'est pas la première entorse aux restructurations hospitalières, qui se poursuivent sous l'égide des agences régionales de santé (ARS).

Il y a un an, la ministre de la Santé de l'époque, Roselyne Bachelot, qui a mené la vaste réforme hospitalière avec la loi Hôpital Patients Santé Territoires (HPST), avait déjà gelé un décret prévoyant la fermeture des petits blocs opératoires locaux effectuant moins de 1.500 interventions par an.

D'autres projets de fermeture de services sont également en suspens, en région parisienne comme à Argenteuil (Val-d'Oise), ou dans le reste de la France, à la suite également de fortes mobilisations, selon la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité.

"Cela prouve que quand les gens s'expriment on peut obtenir au moins une pause de réflexion", a déclaré à l'AFP sa vice-présidente Françoise Nay, ajoutant toutefois que pour d'autres hôpitaux comme à Ambert (Puy-de-Dôme) ou Brioude (Haute-Loire) par exemple, des projets de fermeture étaient toujours en cours.

Mais de telles décisions mettent en porte-à-faux les ARS, installées il y a un an pour accélérer la recomposition de l'offre de soins et mener les réorganisations hospitalières, et notamment celle d'Ile-de-France, dirigée par l'ancien ministre socialiste de la Santé Claude Evin.

Pour M. Evin, compte tenu de la décision ministérielle, il revient à l'AP-HP de prendre la décision de fermer un autre de ses quatre services.

"Je rappelle que j'ai un SROS (schéma régional de l'organisation des soins, ndlr) à mettre en oeuvre qui prévoit la fermeture de quatre centres de chirurgie cardiaque", a-t-il déclaré à l'AFP, en précisant que trois établissements privés ont déjà fermé ou sont en cours de fermeture et qu'il ne manquait plus que celui de l'AP-HP.

La direction de l'AP-HP va donc pouvoir poursuivre la concertation, en s'appuyant sur le rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) demandé par M. Bertrand.

"Mondor est une pièce maîtresse de l'AP-HP", a déclaré à l'AFP le directeur de la politique médicale Michel Fournier. "Des restructurations seront mises en oeuvre, elles comporteront des contractions d'équipes", mais elles ne seront "pas concentrées sur l'extra-muros" (hors de Paris, c'est-à-dire Mondor, ndlr), a-t-il ajouté.

Bernard Granger, du Mouvement de Défense de l'Hôpital Public (MDHP), fait, lui, une analyse sans appel: la décision sur l'hôpital de Créteil est "un désaveu pour l'ARS, pour l'AP-HP, sa direction générale et son conseil de surveillance".

AFPSource AFP
modifié le 08/05/2011