Un distributeur dans une station de métro de Bucarest le 6 février 2010
Source photo : Daniel Mihailescu [AFP]
Un fast-food à Bucarest le 6 février 2010
Source photo : Daniel Mihailescu [AFP]
Cette taxe, si elle est adoptée, serait unique en Europe. La France avait songé à une telle mesure en 2008 avant d'y renoncer.
"Nous ne pouvons plus rester les bras croisés. Il faut réapprendre aux Roumains à se nourrir correctement", a déclaré le secrétaire d'Etat à la Santé, le docteur Adrian Streinu-Cercel, en défendant ce projet lors d'un débat public cette semaine.
Une tâche ardue dans un pays réputé pour ses repas copieux, souvent assez gras et qui incluent invariablement de la viande de porc.
Selon les statistiques du ministère, près d'un Roumain sur deux est en surpoids, ce pays occupant la 3e place en Europe pour la prévalence de l'obésité. Les maladies et désordres associés aux mauvaises habitudes alimentaires ont également fortement progressé ces dernières années, notamment parmi les jeunes.
Si l'obésité touche encore un nombre limité d'enfants (3,5%), c'est la tendance qui inquiète, alors que ce pourcentage a doublé en quatre ans.
Les industriels ne contestent pas ces chiffres. Mais ils estiment que ce n'est pas en imposant une nouvelle "contribution", "en plus des 300 autres taxes" déjà en vigueur, que la situation va changer.
Ils accusent en outre le ministère de la Santé d'avoir lancé ce projet sans consulter patronats et syndicats et surtout sans préciser quels produits seraient concernés.
"Les Roumains mangent mal parce qu'ils sont pauvres", lance Dragos Frumosu, président du syndicat de l'industrie alimentaire.
Selon lui, taxer hamburgers, chips ou autres pâtisseries ne ferait que pousser les gens à se tourner vers d'autres produits bon marché, "encore moins sains et fabriqués dans des conditions insalubres".
"Toute mesure restrictive peut avoir l'effet contraire si elle n'est pas accompagnée d'une campagne d'éducation. C'est comme le fruit interdit", a déclaré le directeur de l'Institut de recherches alimentaires, Gheorghe Mencinicopschi.
Mihai Visan, président de Romalimenta, une association regroupant des professionnels du secteur, insiste lui sur "l'impact économique et social" de ce projet, qui pénaliserait les consommateurs, car après une année 2009 marquée par une sévère récession, les producteurs repercuteront la taxe sur les prix.
Les syndicats évoquent déjà des hausses allant jusqu'à 20% et 35.000 emplois supprimés.
"C'est insensé de parler de chômage et de majoration des prix tant que la liste des produits visés n'a pas été arrêtée", a répliqué le dr Streinu-Cercel.
Le gouvernement avait néanmoins évoqué des recettes d'un milliard d'euros par an.
Les experts rappellent que des initiatives similaires ont tourné à l'échec par le passé. Une "taxe sur les vices" a ainsi privé le budget public de 375 millions d'euros après un boom du marché noir des boissons alcoolisées, moins chères car non timbrées, et donc privilégiées par les consommateurs.
"La taxe sur les vices avait été très mal accueillie par l'UE", souligne Dan Schwartz, expert fiscal et membre de la Chambre de commerce roumano-américaine, qui précise que le domaine des taxes est strictement reglémenté par Bruxelles.
Pour Dushy Clarke, chercheur à l'université d'Oxford, "taxer un +mal économique+ a un double avantage: cela décourage la consommation et augmente les revenus, qui peuvent par la suite servir à améliorer les services".
Mais il ajoute qu'il est trop tôt pour évaluer l'impact de cette taxe tant que son montant n'a pas été fixé.